Comment je travaille avec la psychosomatique intégrative de Jean-Benjamin Stora
Dans ma pratique psychothérapeutique, je rencontre souvent des consultants qui vivent avec des douleurs persistantes, des fatigues diffuses ou des symptômes que les traitements habituels ne soulagent pas toujours. Ces manifestations peuvent devenir envahissantes, parfois même lorsque les examens médicaux ne permettent pas d'en expliquer entièrement l'origine.
La douleur, comme le rappelle l'International Association for the Study of Pain (IASP), est une expérience personnelle influencée, à des degrés divers, par des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. Cette définition invite à considérer la complexité de l'expérience corporelle, sans réduire les symptômes à une cause exclusivement organique ou psychique.
C'est dans cette perspective que les travaux de Jean-Benjamin Stora ont enrichi ma pratique. Héritier de la psychosomatique psychanalytique développée notamment par Pierre Marty, Stora a proposé un modèle de psychosomatique intégrative articulant le fonctionnement psychique, la médecine et les neurosciences. Son approche repose sur l'hypothèse d'une unité psychosomatique dont les différents systèmes interagissent constamment.
Cette conception constitue pour moi une boussole précieuse. Elle m'invite à explorer, avec le consultant, la manière dont son histoire, ses affects et ses capacités d'élaboration psychique peuvent intervenir dans son expérience corporelle, tout en respectant la réalité médicale des symptômes et la singularité de chaque situation.
La phase Rectifier des Chemins de VITRIOL ouvre un temps d'exploration. Le consultant peut progressivement mettre en relation ses éprouvés corporels, ses émotions et les événements de son histoire. Ce travail demande parfois de retrouver des mots là où l'expérience était restée difficile à penser ou à partager.
La psychosomatique intégrative, développée par Jean-Benjamin Stora, apporte à cette exploration un cadre théorique plus large. Elle envisage l'être humain comme une unité psychosomatique au sein de laquelle interagissent cinq systèmes :
Stora souligne que les maladies relèvent de processus multicausaux et que la contribution du fonctionnement psychique varie selon les personnes et les situations (Stora, 2012 ; 2018).
Cette approche me conduit à explorer les liens possibles entre l'histoire personnelle, les capacités d'élaboration psychique et l'expérience corporelle du consultant. Explorer ces liens ne signifie pas que les symptômes ont nécessairement une origine psychologique.
Nous ne pouvons pas toujours comprendre immédiatement ce que nous éprouvons. Certaines émotions trouvent progressivement leur place dans nos pensées, nos rêves, nos images intérieures ou nos paroles. D'autres expériences restent plus difficiles à reconnaître et à relier à notre histoire.
En psychanalyse, ce travail est notamment abordé à travers la symbolisation : la possibilité de donner une forme psychique à ce qui est vécu, afin de pouvoir peu à peu le penser et lui donner du sens.
Les psychanalystes Pierre Marty, Michel de M'Uzan et Christian David, figures de l'École psychosomatique de Paris, ont étudié les relations entre la vie psychique et les manifestations corporelles.
Leurs recherches ont contribué à approfondir la compréhension du fonctionnement psychique des patients présentant des maladies somatiques. Pierre Marty a notamment développé la notion de mentalisation, qui désigne, dans son approche, les possibilités d'élaboration psychique à travers les représentations mentales (Marty, 1991).
Cette capacité n'est pas identique chez chacun et peut également varier au cours de la vie. Un événement éprouvant, une période de stress ou une expérience traumatique peuvent parfois rendre plus difficile le travail de pensée et de mise en mots.
Jean-Benjamin Stora a prolongé ces recherches en les inscrivant dans une compréhension plus large du fonctionnement humain. Il rappelle que les difficultés d'élaboration psychique ne suffisent pas à expliquer l'apparition d'une maladie. Les processus psychiques, nerveux et biologiques doivent être envisagés dans leurs interactions (Le Principe des Somatisations, 2014 ; conférence du 24 mars 2018).
Dans l'accompagnement psychothérapeutique, cette perspective invite à prêter attention à ce que le consultant peut éprouver, penser et exprimer de son expérience, sans supposer à l'avance ce que ses symptômes signifient.
En 1963, les psychanalystes Pierre Marty et Michel de M’Uzan ont décrit un mode de fonctionnement psychique qu'ils ont appelé pensée opératoire.
Chez certaines personnes, la parole reste principalement centrée sur les faits, les actions et les événements du quotidien. Elles peuvent raconter avec précision ce qui leur est arrivé, décrire une succession de situations ou expliquer ce qu'elles ont fait, tout en ayant davantage de difficulté à évoquer ce qu'elles ont ressenti.
Les auteurs ont également observé, dans ce type de fonctionnement, une place réduite accordée à l'imaginaire, aux associations spontanées et à la vie fantasmatique. Le récit demeure proche de la réalité concrète et immédiate (Marty et de M’Uzan, 1963).
Cela ne signifie pas que la personne n'éprouve aucune émotion. Ce qui retient l'attention du clinicien, c'est la difficulté éventuelle à reconnaître certains éprouvés, à les relier à son histoire et à leur donner une place dans sa pensée.
La pensée opératoire constitue ainsi un repère clinique pour comprendre certaines modalités de fonctionnement psychique. Elle ne permet cependant pas, à elle seule, d'expliquer l'apparition d'un symptôme ou d'une maladie.
Dans ma pratique, cette distinction est essentielle. Lorsqu'un consultant éprouve des difficultés à parler de ce qu'il ressent, il importe d'abord d'accueillir sa manière singulière de s'exprimer. Le travail psychothérapeutique peut progressivement ouvrir un espace où les émotions, les souvenirs et les images intérieures trouvent davantage de place, sans imposer une interprétation à ce qui est vécu.
Dans l'espace de la séance, je prête attention à la manière dont chaque consultant raconte son histoire, exprime ses émotions et éprouve ce qui lui arrive. Une douleur, une fatigue persistante ou une sensation corporelle peuvent faire partie de ce récit, sans qu'il soit nécessaire de leur attribuer immédiatement une signification psychologique.
Mon accompagnement repose sur plusieurs dimensions, que j'articule selon la singularité de la personne et ce qui émerge au cours du travail psychothérapeutique :
Ces différentes voies ne suivent pas un programme imposé. Elles permettent d'accompagner le consultant à partir de ce qu'il apporte, à son rythme, dans une relation psychothérapeutique où l'expérience corporelle et la parole peuvent progressivement trouver leur place.
Au fil des séances, certaines expériences peuvent progressivement devenir plus faciles à reconnaître et à exprimer. Une sensation corporelle peut susciter un souvenir, une émotion trouver ses mots, un événement prendre une place différente dans le récit de sa propre histoire.
Ces rapprochements ne sont ni systématiques ni recherchés à tout prix. Ils prennent sens à partir de ce que le consultant éprouve et découvre lui-même.
La psychosomatique intégrative de Jean-Benjamin Stora m'invite à accueillir cette expérience dans toute sa complexité, en tenant compte des interactions entre les dimensions psychiques et corporelles (Stora, 2012).
Le travail psychothérapeutique ouvre ainsi un espace où ce qui était difficile à penser, à ressentir ou à partager peut parfois trouver une forme nouvelle.
Dans les Chemins de VITRIOL, Rectifier invite à revenir sur ce qui a été vécu, à l'examiner autrement et à laisser apparaître de nouvelles possibilités de compréhension.
Le travail psychothérapeutique peut ouvrir cet espace. Une émotion jusque-là difficile à reconnaître trouve parfois ses mots. Un souvenir prend une autre place dans l'histoire personnelle. Une sensation corporelle, accueillie sans interprétation préalable, devient une expérience dont le consultant peut parler.
Ces transformations se construisent dans le temps, au fil d'une relation où chacun peut progressivement découvrir sa propre manière de penser, de ressentir et de donner sens à ce qu'il traverse.
La psychosomatique intégrative enrichit cette démarche en maintenant l'attention portée à l'unité du vivant, dans toute sa complexité.
Et ce travail, lent, profond, humble, est déjà une manière de trouver le chemin.
Mon parcours en psychosomatique intégrative
Formée à la psychosomatique intégrative à partir de 2015, j'ai obtenu le diplôme de psychosomaticienne intégrative, puis la certification de thérapeute psychosomaticienne intégrative. Ce parcours a été prolongé par une supervision clinique auprès de Jean-Benjamin Stora, comprenant notamment la présentation de cas. Cette formation approfondie nourrit aujourd'hui ma pratique psychothérapeutique.
Crédit iconographique
D’après Léonard de Vinci, L’Homme de Vitruve, vers 1490, Gallerie dell’Accademia, Venise. Œuvre originale dans le domaine public au titre du droit d’auteur. Adaptation panoramique réalisée avec l’aide d’une intelligence artificielle pour le Cabinet Sophro-Psy.






