On peut venir en psychothérapie avec une angoisse difficile à comprendre, ou parce que certaines situations se répètent malgré les efforts pour en sortir. La demande porte d’abord sur une souffrance éprouvée dans le présent. Au fil du travail, une autre question peut se dessiner : comment devenir sujet de sa propre histoire ?
Cette question touche au processus de subjectivation, par lequel une personne peut progressivement se reconnaître dans ce qu’elle vit et se réapproprier son histoire. Ce cheminement engage la manière dont elle se perçoit et entre en relation avec les autres.
Cet article, inspiré de mon mémoire de praticienne en psychothérapie et sophrologue, propose d’explorer ce processus, en portant une attention particulière à la relation à l’autre et à la place du corps.
Le concept de subjectivation désigne le processus par lequel une personne devient progressivement sujet de sa propre histoire. Le psychanalyste Steven Wainrib en distingue deux dimensions indissociables :
Le sentiment que nous avons de nous-mêmes se construit aussi dans la rencontre avec les autres. Dès les premiers temps de la vie, l'enfant a besoin de personnes qui accueillent ses besoins et ses émotions, bien avant qu'il puisse les comprendre ou les exprimer. À mesure qu'il grandit, il apprend à reconnaître ses propres éprouvés, à se différencier d'autrui et à trouver sa place dans les relations.
Ces premières expériences participent à notre histoire sans la déterminer une fois pour toutes. Les relations que nous nouons tout au long de la vie continuent d'influencer la manière dont nous nous percevons et entrons en relation.
Certaines façons de se comporter ont ainsi pu nous aider à préserver un lien ou à traverser une période difficile : éviter les conflits, taire une émotion, répondre en priorité aux attentes des autres. Ces protections peuvent devenir si habituelles qu'il devient difficile de reconnaître ses propres besoins ou de comprendre pourquoi certaines situations se répètent.
En séance, je pars de ce que le consultant apporte et de ce qu’il vit aujourd’hui. Au fil des échanges, certains conflits peuvent se préciser. Une manière de se protéger, devenue contraignante, peut aussi être comprise à partir de ce qu’elle a permis de maintenir dans son histoire.
Ce travail demande du temps. Il s’agit de laisser émerger les affects, les représentations et les liens que le consultant peut progressivement établir entre ses expériences. La relation thérapeutique offre un cadre dans lequel il devient possible d’aborder des vécus parfois difficiles à reconnaître ou à mettre en mots.
J’accorde également une attention aux manifestations corporelles, aux rêves et aux images lorsqu’ils se présentent. Leur exploration prend sens à partir des associations du consultant, sans interprétation imposée.
Le processus de subjectivation peut ainsi se déployer à travers des changements parfois discrets dans la manière dont une personne se comprend et se situe dans ses relations.
Notre vie psychique s'exprime aussi à travers le corps. Une inquiétude peut se manifester dans la respiration, une émotion par une tension ou une sensation difficile à nommer. Ces manifestations ne suffisent pas, à elles seules, à expliquer ce que traverse une personne. Elles peuvent néanmoins constituer un point de départ pour explorer son expérience, sans présumer de leur origine.
Dans ma pratique, j'accorde une attention particulière à la manière dont le consultant éprouve son corps. Lorsque cela correspond à sa demande et à ses possibilités, je peux proposer un travail de sophrologie. L'attention portée à la respiration, aux sensations et aux mouvements peut l'aider à mieux percevoir ses états intérieurs et à se familiariser avec des éprouvés parfois difficiles à accueillir.
La mise en mots de cette expérience occupe une place importante. Une sensation peut évoquer une émotion, un souvenir ou une image qui prend progressivement sens dans l'histoire du consultant. Il arrive aussi que rien ne puisse être formulé immédiatement. Ce temps d'élaboration respecte le rythme de chacun : le temps qu'il faut.
La sophrologie trouve ainsi sa place dans le travail psychothérapeutique lorsqu'elle peut soutenir la perception de soi et l'élaboration psychique. L'expérience corporelle devient alors une autre manière d'approcher son vécu et, parfois, de reconnaître quelque chose de soi qui demeurait difficile à exprimer.
Le processus de subjectivation commence dès les premières relations et se poursuit tout au long de l'existence. Certaines expériences nous amènent à reconsidérer notre histoire et la manière dont nous nous percevons. Un deuil, une séparation, une période de crise ou la répétition d'une difficulté peuvent faire surgir des questions que nous n'avions pas encore pu formuler.
La psychothérapie offre un espace où ces expériences peuvent progressivement trouver leur place dans notre histoire. À mesure que certains éprouvés deviennent pensables, notre regard sur nous-mêmes peut évoluer. Des façons d'être en relation, parfois anciennes, peuvent être interrogées et se modifier.
La subjectivation est le processus par lequel une personne peut progressivement donner un sens personnel à ses expériences et se reconnaître comme sujet de sa propre histoire. Il se construit dans les relations et se poursuit tout au long de la vie.
Il concerne la manière dont nous nous percevons, reconnaissons nos éprouvés et nous situons face aux autres. Certaines protections, utiles à un moment de notre histoire, peuvent devenir contraignantes. Les comprendre peut ouvrir de nouvelles possibilités dans notre manière de vivre et d'entrer en relation.
Nos expériences psychiques s'accompagnent aussi de sensations corporelles, parfois difficiles à comprendre ou à exprimer. La sophrologie peut aider à mieux percevoir ces éprouvés et, lorsque cela devient possible, à les mettre en mots dans le cadre du travail psychothérapeutique.
En partant des difficultés rencontrées dans le présent, la psychothérapie offre un espace pour explorer progressivement les conflits, les défenses et les expériences qui ont marqué notre histoire. La relation psychothérapeutique peut ainsi soutenir une meilleure compréhension de soi et permettre d'envisager d'autres façons de se situer dans ses relations.
Photographie © Florence Jamart






