Cabinet Sophro Psy - Rachel Huber, Sophrologue et Psychopraticienne à Cap d'Ail.

Enluminure médiévale, Tétramorphe.

L’émergence de la pensée d’Annick de Souzenelle dans le paysage intellectuel et spirituel contemporain opère un déplacement majeur par rapport aux conceptions dualistes de l’être humain. Son œuvre, déployée sur plus d’un demi-siècle, articule une lecture symbolique et personnelle de l’hébreu biblique, nourrie par le symbolisme des lettres, la kabbale, les Pères grecs et la tradition orthodoxe, avec les apports de la psychologie des profondeurs, particulièrement ceux de Carl Gustav Jung. Au cœur de cette architecture se tient une vision du corps humain comme un « livre de chair », un lieu symbolique où s’inscrivent les lois de l’être et les étapes de sa mutation vers le divin.

Cette étude explore les fondements de cette anthropologie en les mettant en regard du corpus jungien. Elle suit également la notion des « animaux intérieurs », depuis ses racines bibliques jusqu’à ses prolongements psychiques et spirituels, afin de comprendre comment Annick de Souzenelle donne forme aux puissances inconscientes et les inscrit dans une dynamique de transformation de l’être.

Table des matières

Une œuvre au carrefour de la Bible et de la psychologie jungienne

Je suis entrée dans l’œuvre d’Annick de Souzenelle par le corps. Chez elle, l’anatomie sert de langue. Elle ordonne une lecture du vivant, où chaque forme devient indice, où la chair devient phrase, où chaque zone du corps appelle une interprétation symbolique. Le Symbolisme du corps humain affirme cette thèse fondatrice : l’humain porte en lui une architecture de sens. Elle parle, pour qui accepte de se laisser instruire par ses images.

Annick de Souzenelle (1922–2024) a construit une œuvre au carrefour des langues et des profondeurs. Elle vient du soin, de son expérience d’infirmière, de la précision de ce réel qui oblige. Puis la rencontre avec la souffrance ouvre un second plan : celui des images, des archétypes et des forces qui travaillent dans les profondeurs. La psychologie analytique lui apporte des repères pour approcher cette vie intérieure. Elle les engage ensuite dans une relecture symbolique de la Bible, comme on engage une vie. Dans ses entretiens, elle situe explicitement sa formation en nommant Adler puis Jung comme jalons structurants de son chemin.

Un entretien mené par Michel Maxime Egger permet de préciser cet axe. Egger introduit la distinction formulée par Karlfried Graf Dürckheim entre le corps que l’on a, Körper, et le corps que l’on est, Leib, puis demande à Annick de Souzenelle en quoi sa symbolique du corps participe à ce changement de regard. Elle déploie sa réponse dans le cadre ainsi proposé. Le corps devient chez elle l’icône de la chair, « le lieu, la matière première et l’outil du grand œuvre de notre vie », ainsi qu’un langage symbolique à déchiffrer. À partir de là, le corps s’ouvre comme expérience vécue, psychique et spirituelle. Le texte devient chemin.

La structure séphirothique du corps : une géographie du devenir

Cette lecture du somatique s’adosse chez Annick de Souzenelle à une architecture plus vaste : l’Arbre de Vie des kabbalistes, l’Arbre des Sephiroth, dont le corps devient le miroir terrestre. Le vivant se laisse alors lire comme une géographie de conscience. Chaque zone anatomique correspond à une étape de l'évolution de la conscience. L'homme est ainsi appelé à intégrer la totalité des énergies créées, contenues en lui dès l'origine, pour atteindre à la « ressemblance » divine, un stade où l'individu est totalement unifié et informé par le Verbe.

Premier étage : Malkuth et l’ancrage dans l’avoir

Au niveau des pieds et des jambes se situe l’entrée dans le monde. Les pieds, avec leur forme de germe, figurent l’enfant chargé de promesses. Le même étage porte la marque de la vulnérabilité fondatrice : le pied gonflé d’Œdipe, le talon d’Achille. La marche devient alors une éducation du vivant. Elle conduit à la verticalisation. Elle prépare un passage, la “Porte des Hommes”, au niveau des hanches.

Deuxième étage : Tiphareth et le combat de l’être

Ici se joue le Grand Œuvre, au niveau du tronc, de la poitrine et des bras. L’adulte devient guerrier de lui-même, adossé à ses reins, eux aussi figurés comme des germes, réserve d’énergies à conquérir et à orienter. Ce deuxième étage a la densité d’une forge. L’estomac, le foie, le cœur travaillent ensemble dans une économie de transformation : passions travaillées, ombre mise en conscience, amour rendu plus lucide. De Souzenelle décrit un mouvement d’épousailles successives, une rencontre intérieure entre le pôle de lumière (l’ombilic, ou Thabor) et le pôle de ténèbres (le cœur), tenue comme une tension féconde.

Troisième étage : Kether et l’ouverture au devenir

Au-delà de la “Porte des Dieux”, le cou, s’ouvre le triangle supérieur de la conscience. Les oreilles deviennent dernières promesses de l’homme, ouvrant à une écoute capable de recevoir la “totale information” du Verbe. À ce stade, écoute et parole se nouent. La création prend une autre forme : l’homme engendre par le Verbe autant que par le sexe. Le crâne, siège du cerveau et du cervelet, porte l’enjeu d’une unification finale. Les cheveux, tels des rayons, figurent une connexion aux racines célestes. L’être “informé” devient, dans cette perspective, l’Élohim annoncé, accomplissant sa vocation.

La mutation de l’être : maladie, souffrance et mort

Dans ce cadre, la vie s’éclaire comme un processus de mutation. L’humain apparaît en devenir, appelé à passer d’une identité socio-psychologique héritée à une identité singulière, révélée par un Nom secret. Ce Nom ne s’obtient pas par accumulation. Il se découvre à l’issue d’un passage, quand le sujet se tient “de l’autre côté”, au-delà des formes qui l’ont porté.

Maladie et souffrance dans le processus de mutation

Dans la lecture symbolique d'Annick de Souzenelle, la maladie peut devenir une information. Elle peut signaler un lieu où le processus intérieur s’est interrompu, où une énergie demeure enroulée et non intégrée. Guérir reçoit alors, dans son anthropologie, le sens d’une relation retrouvée de l’être avec lui-même et d’une orientation intérieure renouée. La souffrance peut accompagner une résistance au mouvement de mutation, un attachement aux sécurités anciennes ou une difficulté à consentir au désert intérieur.

Cette approche ouvre un travail de sens à partir de l’expérience de la maladie. Elle s’articule avec les prises en charge médicales et psychothérapeutiques, chacune conservant son champ, ses méthodes et ses indications.

La mort comme ultime mutation

Dans la pensée d'Annick de Souzenelle, la mort s’inscrit dans la logique de la mutation. Dans Méditation sur la mort, publié en 2023, elle affirme que

« nous ne mourons pas mais nous mutons »

Ce passage prolonge le travail de transformation engagé durant l’existence : traverser les seuils d’évolution, rencontrer les puissances encore animales et les conduire vers leur accomplissement. La mort devient ainsi l’ultime étape d’un devenir qui concerne l’être tout entier.

Cette perspective entre en résonance avec le témoignage de Jean-Yves Leloup. Dans L’Absurde et la Grâce, il relate la mort clinique vécue à dix-neuf ans et le renversement de son rapport au réel et à l’illusion. Dans Lettres à un ami athée, il décrit la mort comme la perte des limites physiques, psychiques et mentales auxquelles le sujet s’identifie. Le rapprochement porte sur la mort comme dévoilement et mutation du regard.

À ce point, la carte anatomique devient un seuil. Derrière l’organe, une écoute. Derrière l’écoute, le cœur.

La théose chez Annick de Souzenelle : accomplir le germe divin

Sa dimension mystique se reconnaît à son centre de gravité. Le cœur. Chez elle, il devient un organe de connaissance, le lieu d’un secret divin. Une oreille intérieure s’y forme, patiente, orientée, presque organique. Elle rejoint ainsi certains motifs de la tradition philocalique, une mystique du cœur et de la vigilance, où la vie spirituelle se vérifie à la manière dont l’être se transforme.

De là naît sa manière de lire. Une poétique de la Bible, au sens fort. La lettre garde sa densité, puis elle s’ouvre. Le texte cesse d’être un récit extérieur. Il devient un itinéraire. Elle cherche l’invisible derrière les mots, la loi de croissance sous la phrase, la métamorphose sous l’événement. Elle revient à l’hébreu, aux racines, aux structures qui portent l’expérience humaine. Elle traverse les images, elle laisse les symboles instruire la conscience. Elle lit la Bible à même le corps, comme une cartographie intérieure.

Cette visée se nomme théose. Une déification au sens orthodoxe, une vocation de transfiguration.

L’humain se découvre appelé à une naissance plus grande que lui, à l’accomplissement d’un germe divin. Cette perspective s’adosse à une théologie de l’Incarnation comprise comme dynamique de transformation. La psychologie sert ici un mouvement plus vaste qu’elle, une maturation intégrale, corps et âme.

Cette dimension mystique a suscité une réception contrastée. Certains lecteurs y reconnaissent une tradition du cœur, structurée, exigeante et enracinée dans la mystique chrétienne. D’autres contestent la liberté de sa lecture de l’hébreu et les rapprochements qu’elle opère entre les sources bibliques, la psychologie analytique et différentes traditions spirituelles. Ils situent alors son œuvre dans une mouvance gnostique ou la rapprochent du New Age.

Une formule couramment attribuée à Annick de Souzenelle condense une autre compréhension de sa démarche : « Quand les théologiens se disputent, les mystiques se rencontrent. » Elle exprime la conviction que l’expérience intérieure ouvre un lieu de rencontre au-delà des constructions doctrinales. Cette réception contrastée témoigne de la place singulière d’une œuvre située à la rencontre de l’exégèse symbolique, de la psychologie des profondeurs et de la mystique chrétienne.

Annick de Souzenelle et Carl Gustav Jung : convergences et écarts de perspective

La relation entre Annick de Souzenelle et la psychologie analytique de Carl Gustav Jung procède d’une influence intellectuelle explicitement reconnue, traversée par des écarts décisifs. La psychologie jungienne lui apporte des outils de descente, une grammaire des images, des archétypes et des mythes pour approcher la vie inconsciente. De Souzenelle engage ces apports dans son propre univers biblique et théologique. Elle décrit les profondeurs de l’être comme une matrice d’eau, un espace où demeurent des énergies encore sauvages, souvent figurées sous une forme animale. Son œuvre entre dans cette profondeur et lui donne une orientation propre : celle de la mutation et de la théose.

Chez Jung, la psyché individuelle s’enracine dans l’inconscient collectif, peuplé de formes archétypiques. De Souzenelle reprend ce langage des profondeurs et l’inscrit dans une anthropologie biblique, où les figures symboliques donnent forme aux puissances encore inaccomplies de l’être. Chez l’un comme chez l’autre, l’image engage un travail de conscience. Elle révèle ce qui agit dans l’ombre, ouvre une relation avec les forces intérieures et accompagne leur transformation.

De Souzenelle l’écrit dans une langue nuptiale, organique, intérieure :

« Dans le travail d’épousailles avec mon “tout possible” intérieur, j’assure la croissance du Germe qui doit devenir Fils ».

Jung, lui, décrit la rencontre du conscient et de l’inconscient comme une conjonction, une opération de transformation, au terme de laquelle un individu plus entier advient. Deux lexiques rendent visible une exigence comparable de transformation, portée par des finalités distinctes.

L’individuation en regard de la théose

Dans la mise en regard proposée ici, l’individuation jungienne désigne une traversée psychique orientée vers la totalité, tandis que de Souzenelle inscrit le retournement vers l’intériorité dans la finalité de la théose, ce processus par lequel l’être humain est appelé à participer à la vie divine. L’intégration psychique prend alors place dans une mutation spirituelle plus vaste.

L’ombre et les énergies inaccomplies

Chez Jung, l’ombre rassemble les contenus que le moi tient à distance parce qu’ils contredisent l’image qu’il cherche à maintenir de lui-même. Elle comprend des traits jugés inférieurs, primitifs ou incompatibles avec les valeurs conscientes, ainsi que des qualités et des forces de vie demeurées inexploitées. Le processus d’individuation engage l’établissement d’une relation plus consciente avec cette part inconnue du moi. La conscience gagne alors en amplitude au contact de ce qu’elle avait écarté.

Annick de Souzenelle décrit les profondeurs humaines dans un autre langage, celui des énergies inaccomplies. Ces puissances demeurent encore inconscientes, tout en portant un potentiel de croissance et de transformation. Livrées à elles-mêmes, elles peuvent se manifester sous des formes désordonnées et destructrices. Le travail intérieur consiste à les reconnaître, à les orienter et à les transformer, jusqu’à ce que l’inconscient devienne conscience.

Le rapprochement avec l’ombre jungienne est fécond dès lors que les registres demeurent distincts. Jung décrit une réalité psychique liée à l’unilatéralité du moi, au refoulement et à la dissociation de certains contenus. De Souzenelle inscrit les profondeurs inconscientes dans une anthropologie du devenir, où l’inaccompli porte une vocation de croissance et de transfiguration.

Dans les deux perspectives, l’être humain est appelé à reconnaître ce qui agit en lui afin de devenir responsable de ses puissances intérieures.

L’altérité intérieure : anima et animus chez Jung, Ishah chez Annick de Souzenelle

Le rapprochement porte ici sur la relation à une altérité intérieure, sans établir d’équivalence entre les notions.

Dans la formulation classique de Jung, l’anima désigne la figure féminine de l’inconscient chez l’homme, tandis que l’animus désigne la figure masculine de l’inconscient chez la femme. Ces figures archétypiques assurent une médiation entre le moi conscient et l’inconscient. Elles apparaissent dans les rêves, les images intérieures et les projections déposées sur l’autre. Leur différenciation permet au sujet de reconnaître comme siennes des dimensions psychiques jusque-là vécues à travers une personne extérieure.

Ce modèle jungien demeure sexuellement différencié. L’anima et l’animus compensent l’identité consciente et ouvrent l’accès à des qualités, des affects, des pensées et des possibilités de relation laissés dans l’ombre. Leur intégration participe au processus d’individuation, en élargissant la conscience au contact de ce qui lui apparaissait d’abord comme étranger.

Chez Annick de Souzenelle, Ishah appartient à une autre construction anthropologique. Elle désigne l’autre côté de l’Adam, le féminin intérieur encore voilé parce qu’inconscient, présent en tout être humain, homme ou femme. Cette profondeur porte les énergies inaccomplies et le Germe divin appelé à croître. Le pôle mâle désigne alors la capacité de se souvenir de cet autre côté, de se tourner vers lui et d’engager avec lui un travail d’épousailles.

Ishah ne correspond donc exactement ni à l’anima ni à l’animus. La convergence concerne leur fonction d’altérité intérieure et de médiation entre le moi conscient et l’inconscient. Chez Jung, cette relation conduit vers une totalité psychique plus différenciée. Chez de Souzenelle, elle s’inscrit dans une anthropologie du devenir, orientée vers la naissance intérieure du Fils, la ressemblance à Dieu et la théose.

Le féminin comme fonction de médiation, de gestation et d’incarnation

La distinction entre anima, animus et Ishah permet d’aborder le féminin sur un autre plan, celui de sa fonction symbolique.

Chez Jung, l’anima constitue une figure du féminin psychique, tandis que le féminin appartient à un registre symbolique plus large. Il l’associe à l’Éros et à la relation. Dans son étude du dogme de la Trinité, il relève également la place limitée accordée à l’élément féminin, à la terre, au corps et à la matière. Une conscience unilatéralement identifiée au Logos et à l’esprit maintient ces dimensions hors de sa représentation de la totalité.

Dans Réponse à Job, Jung accorde une portée psychologique majeure au dogme de l’Assomption corporelle de Marie, proclamé en 1950. Il interprète cet événement symbolique comme l’entrée du féminin, du corps et de la matière dans la représentation céleste de la totalité. La figure mariale donne ainsi une expression chrétienne à la fonction médiatrice du féminin. Dans la tradition orthodoxe, le titre de Theotokos, Mère de Dieu, affirme la place unique de Marie dans le mystère de l’Incarnation. La Trinité demeure le mystère du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Marie accueille le Verbe dans la chair et participe au mystère de son Incarnation. Dans l’article que j’ai consacré à Noël, je l’ai envisagée comme une figure du féminin réconciliateur, porteuse d’une réintégration de l’Éros, du corps et des dimensions du féminin laissées dans l’ombre.

Chez Annick de Souzenelle, le féminin est à la fois une profondeur inconsciente, une réserve d’énergies encore animales, le lieu où demeure scellée la Semence divine et une matrice de gestation. Ishah, définie plus haut comme l’autre côté de l’Adam, porte un potentiel appelé à être reconnu, travaillé et accompli. Le travail d’épousailles avec cette profondeur transforme l’inconscient en conscience et conduit l’être de l’image à la ressemblance. Le Germe peut alors devenir Fils.

De Souzenelle désigne l’Éros comme la sève de ce mouvement, une puissance dont la source et la finalité sont divines. Le mariage intérieur recueille cette énergie, l’oriente et la conduit vers les épousailles divines. Le féminin exerce ainsi une fonction pleinement opérative : il contient les puissances inaccomplies, soutient leur retournement et porte leur transformation.

Une convergence se dessine autour de cette fonction médiatrice. Chez Jung, la relation au féminin participe à la différenciation des projections, au dialogue avec l’inconscient, à l’intégration du corps et de la matière, ainsi qu’au processus d’individuation. Chez de Souzenelle, elle engage la gestation intérieure de l’être, la transformation des énergies animales et l’orientation de l’être vers la ressemblance divine. Dans les deux pensées, le féminin ouvre un passage vers une profondeur que la seule maîtrise du moi ne peut atteindre.

Le mal et la quaternité : une divergence de registre

La question du mal fait apparaître l’écart le plus net entre les deux pensées.

Elle exige de distinguer l’image psychique du divin, étudiée par Jung, de l’affirmation théologique sur Dieu.

Chez Jung, le Soi désigne l’archétype et le principe organisateur de la totalité psychique, consciente et inconsciente. Les images de Dieu peuvent en constituer des expressions symboliques privilégiées dans la psyché. Le Soi demeure une catégorie psychologique, tandis que Dieu relève de l’affirmation théologique.

Dans Réponse à Job, Jung examine les contradictions qui traversent l’image biblique de Dieu. Yahvé y apparaît porteur d’oppositions que la conscience religieuse peine à réunir : justice et violence, bonté et colère, lumière et obscurité. Jung s’intéresse à l’effet psychique de cette antinomie et au mouvement de transformation qui conduit de l’épreuve de Job à l’Incarnation. Sa réflexion porte sur l’évolution de l’image de Dieu dans la conscience humaine et sur la nécessité de reconnaître ce qu’une représentation exclusivement lumineuse du divin maintient dans l’ombre.

La question spécifique de la quaternité reçoit son développement principal dans l’Essai d’interprétation psychologique du dogme de la Trinité. Jung y étudie le « problème du quatrième », c’est-à-dire le retour du terme que la structure ternaire a laissé hors de son champ. Dans cette analyse, le quatrième prend principalement la figure du diable ou de Lucifer, porteur du principe d’opposition. Son irruption révèle la part sombre contenue dans l’image de la totalité et répond à la dynamique compensatrice de la psyché. La quaternité traduit ainsi une exigence de totalité psychique : ce qui a été rejeté hors de la représentation revient sous une forme compensatrice et demande à être reconnu. Elle relève d’une lecture psychologique des symboles religieux et laisse au dogme de la Trinité sa portée théologique.

Le quatrième désigne donc une fonction structurelle dont les figures varient selon les configurations symboliques. Dans l’analyse de la Trinité, il est associé au diable ou à Lucifer. Dans d’autres représentations de la totalité, cette place peut être occupée par le féminin, la matière, la terre, l’ombre ou la fonction psychologique demeurée inférieure. La section précédente a montré comment le féminin et le corps participent à ce mouvement lorsqu’une représentation unilatéralement spirituelle les tient hors de son champ.

La structure quaternaire de la croix, les quatre Vivants de la vision d’Ézéchiel et leur reprise chrétienne dans le Tétramorphe, que la tradition chrétienne associe aux quatre Évangélistes, inscrivent le symbolisme du quatre au cœur de l’imaginaire biblique et chrétien. Jung lit psychologiquement ces figures comme des représentations de la totalité. Cette lecture s’articule avec la portée théologique du dogme trinitaire.

Chez Annick de Souzenelle, le mal s’inscrit dans une autre architecture. Elle le rapporte à l’exil de l’être humain, à la séparation, à l’oubli de l’Alliance et au détournement des énergies inaccomplies. Dans sa lecture ontologique, les termes hébreux tov et ra, classiquement traduits par « bien » et « mal », sont interprétés à partir de la polarité de l’accompli et de l’inaccompli. Ra est alors rapporté à ce qui demeure inaccompli, à une énergie détournée de son orientation et encore privée de sa lumière. Cette compréhension relève de l’herméneutique symbolique propre à de Souzenelle.

Dans cette perspective, l’inaccompli porte une puissance de devenir. Cette puissance peut produire la séparation, la violence et la souffrance lorsqu’elle demeure inconsciente, désorientée ou détournée de sa vocation. Le mal conserve ainsi toute sa réalité dans ses effets. Il procède, chez de Souzenelle, d’une énergie qui agit à rebours de son orientation vers l’accomplissement.

Satan occupe une place précise dans cette dynamique. Il est l’Adversaire, celui qui oppose une résistance et place l’être devant l’épreuve nécessaire à son passage d’un niveau de conscience à un autre. La rencontre avec l’Adversaire révèle les énergies susceptibles de retenir l’humain dans l’inconscience. Lorsqu’elles sont reconnues et traversées, les ténèbres peuvent être retournées vers la lumière. Satan devient l’ennemi lorsque l’être humain lui abandonne son pouvoir, se laisse saisir par ses pièges et consent à la séparation.

La lecture de de Souzenelle demeure christocentrée. Le Christ accomplit l’union du divin et de l’humain et ouvre la voie de la transformation. Le travail intérieur consiste à reconnaître les puissances inaccomplies, à les nommer, à les remettre à leur juste place et à les orienter vers la lumière. La victoire sur le mal prend alors la forme d’un retournement de l’être, soutenu par la conscience, l’amour et l’Alliance retrouvée.

Jung et de Souzenelle rencontrent ainsi l’un et l’autre la nécessité de regarder l’obscurité sans l’expulser hors du champ de la conscience. Leur différence porte sur le statut de cette obscurité et sur la finalité de son intégration. Jung étudie l’ombre incluse dans l’image psychique de la totalité. De Souzenelle inscrit l’inaccompli dans une ontologie du devenir, où les énergies détournées sont appelées à retrouver leur orientation divine. La quaternité répond chez Jung à une exigence de complétude psychique. Chez de Souzenelle, l’unification de l’être s’accomplit dans une dynamique d’Alliance, de naissance intérieure et de théose.

Le symbole vivant et l’unus mundus : une convergence autour de l’unité du réel

Un point de méthode relie pourtant les deux œuvres, avec une cohérence profonde. Chez de Souzenelle, le symbole agit. Il forme. Il inscrit. Il transforme. Le symbole demande du temps, de la tenue, une endurance intérieure. Jung parle, lui aussi, du symbole vivant, de sa puissance opératoire, de sa lenteur féconde.

Pour de Souzenelle, celui qui connaît le secret de son cosmos intérieur connaît aussi la totalité de l’univers extérieur. Intérieur et extérieur ne font qu’un. Cette notion entre en résonance avec l’unus mundus jungien, l’intuition d’une unité de fond où psyché et monde cessent de s’ignorer. La transformation de soi engage une transformation du cosmos perçu.

Là se comprend la place des messagers. De Souzenelle parle d’un réel voilé, peuplé de figures intérieures. Jung, lui aussi, rencontre des présences psychiques autonomes et les traite comme des partenaires de travail, dès lors qu’elles élargissent la conscience.

De Souzenelle l’écrit au sujet des anges : « qu’il s’agisse d’une vision, d’une voix, d’un compagnon ou d’un adversaire, les Anges apparaissent […] comme des guides qui exaltent l’âme humaine et l’incitent à déployer ses ailes vers la beauté et la sagesse ».

Jung reconnaît la nécessité d’un dialogue avec ces figures, alliées ou ombrées, afin de rendre la relation intérieure plus consciente et plus responsable.

De Souzenelle formule enfin l’expérience de la dualité intérieure :

« Je fais l’expérience de deux “je” : le petit, qui vit dans l’espace-temps extérieur, et le grand Moi, qui participe du Saint Nom, est l’Enfant divin dont je suis lourde. Il me donne accès à ce qu’il y a de plus secret en moi, aux archétypes divins qui fondent la création ».

La figure de l’Enfant divin entre ainsi en résonance, dans l'étude proposée ici, avec l’archétype du Soi chez Jung. Un germe. Une naissance intérieure. Une totalité qui appelle.

Synthèse des convergences et des écarts

Axe Chez Annick de Souzenelle Chez Carl Gustav Jung Point d’articulation Enjeu pour l'être
Finalité Théose, accomplissement du Nom, mutation de l’être Individuation, réalisation du Soi Une totalité intérieure devient axe de vie Passer de la dispersion à une direction intérieure
Le corps Corps-livre, chair porteuse de sens, géographie spirituelle Corps comme support symbolique, lieu d’inscription psychique Le corps parle, il symbolise, il informe Écouter ce que l’expérience corporelle peut signifier et l’inscrire dans un travail d’élaboration
Inconscient Matrice d’énergies à transfigurer, lecture biblique des profondeurs Complexes, archétypes, dynamique compensatoire Les profondeurs exigent une relation consciente Sortir de l’agir, entrer dans l’élaboration
Symbole Lettre, récit, organes, bestiaire, Arbre de Vie comme carte intérieure Mythes, rêves, alchimie, images archétypiques Le symbole transforme quand il est habité Restaurer une vie imaginale féconde
Ombre Énergies inaccomplies à reconnaître, nommer et orienter Contenus refoulés ou dissociés, qualités et forces de vie à intégrer La conscience se transforme au contact de ce qu’elle tenait à distance Devenir responsable de ses puissances intérieures
Le mal  Séparation, exil et détournement des énergies inaccomplies de leur orientation divine Confrontation à l’ombre et interrogation des contradictions présentes dans l’image psychique de Dieu Ce qui demeure exclu de la conscience appelle reconnaissance, élaboration et responsabilité Distinguer les registres psychique, ontologique et théologique
Travail intérieur Nommer, descendre, transmuter, manducation symbolique Confronter, dialoguer, intégrer, imagination active La conscience grandit au contact des figures Devenir sujet de ses forces, ne plus être agi
Figures intérieures Anges, adversaire, bestiaire biblique, pédagogie du Verbe Figures autonomes, anima, ombre, guides intérieurs Le psychisme se peuple, appelle une relation Apprendre une éthique du dialogue intérieur
Monde et psyché Intérieur et extérieur en correspondance, responsabilité spirituelle Unus mundus, synchronicité, psyché et matière L’unité devient expérience, pas slogan Engager sa transformation, assumer ses effets

Cette mise en regard permet de saisir toute la portée d’une proposition centrale et opératoire d’Annick de Souzenelle : les animaux intérieurs. Ils donnent un visage aux forces encore inconscientes, relient le travail de l’ombre à la symbolique biblique et rendent perceptible le mouvement de leur transformation.

Les animaux intérieurs : énergies inaccomplies et figures bibliques

L’expression désigne les forces instinctives, émotionnelles et pulsionnelles qui habitent l’être humain et agissent souvent hors du champ de la conscience.

De Souzenelle s’appuie sur le langage biblique et la symbolique animale pour leur donner forme et sens. Les animaux intérieurs apparaissent dans l’exégèse des récits de la Genèse et de Job, dans son anthropologie spirituelle et dans sa réflexion sur la transformation de soi.

Elle insiste sur le lien de ces énergies avec le corps et l’inconscient, ainsi que sur la nécessité de les reconnaître et de les orienter pour accéder au « septième jour » de l’accomplissement de l’être.

Forces instinctuelles et énergies inaccomplies

Ces animaux représentent des énergies puissantes et encore inaccomplies. Elles portent la vie. Elles peuvent aussi se retourner en passions destructrices lorsqu’elles restent sans forme et sans nom : orgueil, égoïsme, peur, emportement.

De Souzenelle décrit un humain « respiré de Dieu » qui demeure sans conscience propre tant qu’il reste confondu avec ses puissances. La force du Verbe se retourne alors contre soi, ou contre l’autre. L’alliance fondatrice s’oublie, et l’être régresse vers une inconscience animale.

Nommer l’animal, c’est l’identifier au moment où il surgit et agit. C’est reprendre la relation avec l’énergie qu’il mobilise, afin qu’elle devienne information et lumière. Le scorpion donne une forme à une puissance destructrice appelée, chez Annick de Souzenelle, à se convertir en force de mutation. À partir du nom, un travail devient possible.

De la Genèse à la nomination des animaux intérieurs

Le concept des « animaux intérieurs » constitue l’une des propositions les plus originales d’Annick de Souzenelle. Il s’enracine dans une lecture fine des deux premiers chapitres de la Genèse. Au cinquième et au sixième jour, les animaux apparaissent comme des vivants, porteurs d’une puissance de vie encore à orienter. L’Adam est créé à l’image de Dieu et appelé à progresser vers la ressemblance. Puis, dans le second récit de la Création, Dieu le forme de la poussière du sol, souffle dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devient âme vivante. C’est alors que s’ouvre la scène de la nomination : les animaux sont présentés à l’Adam afin qu’il les appelle par leur nom.

De Souzenelle entend cette nomination comme un geste intérieur :

« Dieu présente alors à Adam une somme d’animaux afin qu’il les nomme ; il s’agit bien sûr des animaux intérieurs à l’Homme. »

Ces animaux donnent forme aux puissances qui habitent les profondeurs humaines : forces instinctuelles, affects, mouvements pulsionnels et énergies encore indifférenciées. Adam, figure de l’humanité, est appelé à les reconnaître et à leur donner un nom. La nomination inaugure ainsi un travail de conscience. L’énergie acquiert une forme symbolique, entre dans une relation avec le sujet et peut recevoir une orientation.

Annick de Souzenelle s’appuie sur un texte de Basile de Césarée, au IVe siècle, pour décrire cette tumultueuse ménagerie intérieure :

« C’est une foule immense de bêtes sauvages que tu portes en toi. La colère est un petit fauve quand elle aboie dans ton cœur… Quelle sorte de bête sauvage n’est pas en nous ? »

Ainsi, colère, ruse, hypocrisie et vengeance sont comparées par le Père de l’Église à des animaux féroces : fauve qui gronde, ours des cavernes, scorpion ou vipère, logés dans l’âme humaine. Annick de Souzenelle aime à citer « cela hurle, ça mord, ça déchire à l’intérieur de nous », reprenant l’image d’une « horde sauvage » galopant dans les profondeurs de l’homme.

La Genèse décrit dès lors une réalité toujours actuelle :

« L’histoire de la Genèse n’est pas celle d’un passé mais celle d’un présent qui nous concerne à chaque instant. »

Elle relie ces puissances aux ḥayyot (חַיּוֹת), les « vivants », terme biblique qui traverse la langue de la Création, avec l’expression nephesh ḥayyah au cinquième jour (Gn 1,20) et au sixième jour (Gn 1,24), et qui désigne aussi les « êtres vivants » de la vision d’Ézéchiel (Ez 1,19), identifiés comme chérubins (Ez 10,20). Les animaux intérieurs portent ainsi une énergie de vie dont l’accomplissement dépend du travail de conscience.

Après avoir créé les animaux terrestres le sixième jour, Dieu :

« les présente à l’Adam, l’“Homme” que nous sommes, “pour voir comment il les appelle pour lui ; et tout ce qu’il appelle pour lui […] devient son âme vivante et construit son Nom” (Gn 2,19) ».

De Souzenelle souligne ce détail du texte : ce qu’Adam nomme devient partie intégrante de son âme vivante et contribue à édifier son Nom véritable, c’est-à-dire son identité spirituelle accomplie. Les puissances jusque-là confondues avec lui deviennent des forces reconnues, différenciées et progressivement intégrées.

Nommer, c’est déjà agir

Mais que signifie concrètement nommer nos animaux intérieurs ? Pour Annick de Souzenelle, c’est d’abord prendre conscience de nos pulsions tapies, leur reconnaître une existence, au lieu de les refouler.

« À quoi bon nommer ces animaux intérieurs ? […] La nommer [cette peur], c’est déjà une façon de la prendre en main et de se donner la possibilité d’apprendre de cette peur» explique-t-elle en prenant l’exemple d’une peur viscérale.

En effet, nommer c’est déjà agir : dans la pensée biblique, donner un nom confère une certaine maîtrise. De Souzenelle rejoint ici une démarche familière au travail psychique : mettre des mots sur une émotion introduit une distance, ouvre une possibilité d’élaboration et soutient une orientation plus consciente de l’énergie.

L’Arche : rassembler le vivant intérieur

L’Arche introduit une seconde figure biblique du travail avec les puissances animales. Adam les nomme. Noé les rassemble et leur fait traverser la tempête.

Elle accueille la pluralité du vivant intérieur et devient une image de l’intégration. Les forces reconnues par la nomination peuvent désormais être contenues, maintenues en relation et conduites à travers l’épreuve sans se disperser. L’Arche figure ainsi un espace intérieur capable de préserver les différentes puissances de l’être durant le passage vers un nouvel état.

Traverser l’animal pour le transfigurer : une anthropologie de la transformation

Annick de Souzenelle insiste : on ne dépasse le stade “animal” de l’homme qu’en le traversant.

Notre humanité comporte une nature animale pulsionnelle et une vocation divine. La Genèse présente d’abord les animaux comme des vivants, puis l’humain comme créé à l’image de Dieu. Avec le souffle reçu en Genèse 2, l’Adam devient âme vivante. Le travail intérieur peut alors commencer : reconnaître, nommer et métamorphoser les puissances animales qui le traversent. Tant que cette nature pulsionnelle demeure livrée à l’inconscient, elle agit dans l’ombre, sous forme d’instincts, d’affects bruts, de peurs, de violences ou d’attachements archaïques. Lorsqu’elle entre dans un travail de conscience, elle devient matière de transformation. L’image de Dieu reçue au sixième jour peut alors devenir chemin de ressemblance.

Le statut d’image de Dieu est donné ; le chemin de ressemblance demande une œuvre intérieure.

C’est pourquoi « si nous voulons dépasser le monde animal, il faut d’abord le traverser, en se confrontant à ce qui semble des monstres intérieurs ». Ces monstres intérieurs, qui nous effraient (colères incontrôlées, peurs paniques, instincts possessifs, etc.), sont paradoxalement le matériau de notre croissance spirituelle.

De Souzenelle parle d’un « retournement radical » : il s’agit de descendre en soi, d’aller vers son intériorité la plus obscure pour la muter en lumière.

Elle note à ce propos que, dans l’hébreu de Gn 2,17, l’idiome מוֹת תָּמוּת (mot tamut) se traduit classiquement par « tu mourras certainement ». De Souzenelle l’entend comme une annonce de mutation intérieure.

Elle formule ainsi l’enjeu du passage en termes de bascule d’état : « tu muteras ».

Toute faute ou chute peut ainsi devenir une occasion de mutation intérieure plutôt que de condamnation.

Une alchimie spirituelle : nommer, saisir, intégrer

Comment, pratiquement, opérer ce travail d’intégration de nos énergies animales ? De Souzenelle utilise la métaphore d’une alchimie spirituelle ou d’un baptême de feu.

Elle explique qu’il ne sert à rien de simplement réprimer ces « bêtes sauvages » par des interdits moraux :

« ce n’est pas en essayant de les retenir derrière les grilles des interdits qu’elles cesseront de ruiner nos terres […]. On ne parviendra à les dompter qu’en les nommant, en les saisissant pour les faire se retourner vers la lumière, et en intégrant en nous leurs énergies ».

Autrement dit, il faut aller vers elles, les affronter en pleine conscience, afin de transformer leur puissance brute en force utile et éclairée.

Annick de Souzenelle parle d’une véritable transmutation de ces énergies : « les faire se retourner vers la lumière ».

La manducation symbolique : manger et être mangé

De Souzenelle décrit ce travail avec une métaphore organique : manducation, digestion, intégration. Une énergie intérieure se traite comme un aliment. Elle se mâche, elle se traverse, elle se transforme. Elle devient force et connaissance.

Quand l’humain ne “mange” pas ses animaux, ils le mangent. Ils dévorent de l’intérieur par l’anxiété, la colère, l’abattement. Le combat devient divino-humain : vigilance et nomination du côté de l’homme, mutation profonde du côté de Dieu. L’être descend vers sa terre des profondeurs, ce féminin voilé où la puissance crie, pique, déchire, et où un autre ordre peut naître.

Cette conversion intérieure est un travail conjoint de l’homme et de Dieu, un « faire divino-humain » où l’être descend dans son propre « enfer » pour y rencontrer la grâce.

Elle évoque ici la « matrice de feu », cette étape cruciale où l’âme est purifiée et transformée par le feu de l’Esprit. Elle rapproche cette étape du « baptême dans l’Esprit Saint et le feu » évoqué dans les Évangiles. Le feu devient alors l’image d’une purification et d’une transformation des énergies intérieures.

Annick de Souzenelle donne six exemples précis de cette transformation : le scorpion, l’autruche, le serpent, l’aigle royal, le cheval et le lion.

Le tableau suivant en propose une synthèse interprétative. Les formulations relatives à l’énergie brute, au dérèglement et à l’axe d’intégration relèvent de la mise en perspective développée dans cet article.

Animal Énergie brute Quand l’énergie se dérègle Axe d’intégration Image de transfiguration
Scorpion  Intensité, pouvoir de séparation, puissance de défense Venin retourné contre soi ou contre l’autre, destructivité Convertir la puissance destructrice en force de mutation Le venin devient discernement et puissance de transformation
Autruche  Retrait, mise à distance, protection Irresponsabilité, indifférence, refus de voir Entrer dans la non-possessivité et l’amour généreux L’enfouissement devient légèreté et danse
Serpent Force vitale, intelligence sinueuse, puissance de parole Médisance, mensonge, duplicité Verticaliser l’énergie et la conduire vers le Verbe La parole rampante devient parole créatrice
Aigle royal  Vision, hauteur, savoir et pouvoir Ivresse de connaissance, inflation, négation de l’éthique Unir la connaissance à l’humilité et à l’amour La hauteur devient sagesse et service
Cheval  Libido, ardeur, propulsion Emportement, énergie effrénée, compulsion Rendre cette énergie à sa plus haute noblesse L’ardeur devient élan orienté
Lion  Force royale, autorité, souveraineté Impérialisme, domination, toute-puissance Accéder à une royauté intérieure juste La puissance devient droiture et protection

Job : affronter Béhémoth et Léviathan

Le Livre de Job conduit cette confrontation à un degré supplémentaire. Après les animaux intérieurs apparaissent Béhémoth et Léviathan, deux figures primordiales qui marquent un changement d’échelle dans la rencontre avec l’inaccompli.

Dans Job sur le chemin de la lumière (1994), Annick de Souzenelle relit le parcours de Job comme une descente dans les profondeurs, suivie d’une confrontation avec les puissances qui y demeurent.

Après avoir perdu ses biens, ses enfants et sa santé, Job traverse l’effondrement de tous ses appuis et peut alors

« affronter ses animaux intérieurs, symboliques eux aussi, puis les monstres Béhémoth et Léviathan, dont le cœur n’est autre que le Nom divin que tout homme porte en lui ».

Les animaux intérieurs donnent forme aux puissances instinctuelles que Job est appelé à reconnaître et à orienter. Béhémoth et Léviathan occupent une autre place : ils condensent les forces les plus massives et les plus obscures de l’inaccompli. Le Nom divin placé en leur cœur indique, dans la lecture de de Souzenelle, que ces puissances appartiennent elles aussi au processus de transformation et peuvent retrouver leur orientation vers l’accomplissement.

Dans sa lecture du Livre de Job, de Souzenelle présente cette confrontation comme une pédagogie de l’intégration des puissances animales. Dieu les dévoile à Job afin qu’il entre en relation avec elles. Ce qui s’éprouve d’abord comme menace devient matière de transformation, et les forces vécues sous le signe du négatif peuvent être retournées vers la lumière.

La guerre sainte prend alors la forme d’un travail avec les énergies. Dans la langue de l’expérience intérieure, elle pourrait se dire comme une danse exigeante avec chacune d’elles, jusqu’à ce que leur puissance reçoive une orientation.

Cette lecture entre en résonance avec le travail jungien de l’ombre. La rencontre avec les contenus qui agissent hors du champ de la conscience ouvre une possibilité d’élaboration et de transformation. Jung inscrit ce travail dans le processus d’individuation. De Souzenelle l’oriente vers l’accomplissement du Nom et la transfiguration des puissances intérieures.

Le bestiaire médiéval comme cartographie intérieure

Cette symbolique animale traditionnelle, inscrite notamment sur les façades et les chapiteaux des églises médiévales, s’est en grande partie effacée de notre mémoire moderne. Annick de Souzenelle invite à la redécouvrir comme une cartographie des puissances intérieures et des étapes de leur transformation.

Les figures du bestiaire pouvaient donner une forme visible aux passions, aux conflits et aux forces appelées à recevoir une orientation nouvelle. Par ce langage imagé, de Souzenelle redonne du sens aux combats intérieurs.

Le travail consiste à regarder ces puissances, à reconnaître « les énergies de chacun de ces animaux et à en intégrer le feu ». La mémoire du bestiaire retrouve ainsi sa fonction : rendre perceptible ce qui agit dans les profondeurs et accompagner son passage vers la conscience.

Portées psychothérapeutique, relationnelle et collective des animaux intérieurs

Une lecture psychothérapeutique : intégrer pour orienter

Annick de Souzenelle invite à aller au contact des forces qui nous emportent, puis à orienter leur énergie au lieu de la subir.

Dans une lecture psychothérapeutique, ces animaux peuvent être compris comme des figures données aux pulsions, aux affects et aux émotions qui agissent parfois hors du champ de la conscience.

La question s’ouvre, simple, frontale : « Colère, que venez-vous signaler ? De quoi êtes-vous la révélatrice ? » Ce type d’écoute rejoint, par affinité de méthode, l’exigence jungienne d’entrer en relation avec les figures intérieures, afin que l’énergie cesse d’être un destin et devienne une matière de conscience.

Le travail vise une transformation concrète. Un affect demeure, l’agir change. Une force reste vivante, l’orientation s’ajuste. La psyché retrouve une capacité d’orientation.

Du travail intérieur à la responsabilité collective

Le travail intérieur produit des effets qui dépassent l’individu. Ce qui demeure opaque en soi peut se rejouer dans les relations et dans les transmissions familiales. Ce qui est reconnu, nommé et orienté transforme la qualité du lien et la manière de répondre de ses actes. La pacification intérieure engage ainsi la chaîne du vivant.

Le mythos offre une langue capable de relier l’expérience singulière aux grandes images collectives. Jean-François Alizon souligne, à partir des œuvres d’Annick de Souzenelle et de Carl Gustav Jung, la portée structurante du langage symbolique face au seul langage dirigé. Le symbole inscrit l’expérience individuelle dans un horizon plus vaste et donne forme aux mouvements psychiques qui traversent également une époque et une culture.

De Souzenelle inscrit cette responsabilité dans une lecture plus vaste de l’époque : un cycle se clôt, des valeurs s’effondrent et une mutation considérable de l’humanité s’annonce. Cette traversée appelle un retournement intérieur capable de soutenir une manière plus consciente d’agir et d’habiter le monde.

La transformation du cosmos intérieur devient alors une responsabilité envers le monde. Chez de Souzenelle, « le monde extérieur est l’objectivation du monde intérieur de l’humanité ». Ce qui se pacifie et s’oriente dans la psyché modifie la manière d’agir, de transmettre et d’habiter la terre. Le travail accompli sur les puissances inconscientes acquiert ainsi une portée relationnelle, collective et écologique.

Conclusion : Annick de Souzenelle, une interlocutrice singulière de Jung

Annick de Souzenelle lègue une œuvre profondément unitaire, où certains apports de la psychologie analytique entrent en dialogue avec une lecture symbolique de la Bible et une anthropologie spirituelle qui lui est propre.

Son concept des animaux intérieurs en constitue une expression majeure. Il donne une forme imagée au travail par lequel les puissances de l’ancien Adam sont reconnues, orientées et intégrées dans la naissance du Nouvel Adam.

En puisant dans la sagesse des symboles, elle a rendu accessible à beaucoup un chemin de transformation personnelle, où intégrer son ombre rime avec grandir en humanité.

Son message résonne avec une acuité particulière aujourd’hui, alors que les crises psychiques et écologiques interrogent notre manière d’habiter nos profondeurs, nos relations et le monde vivant.

Apprivoiser nos animaux intérieurs, c’est laisser émerger une forme plus consciente et plus unifiée de l’être. Cette visée entre en résonance avec le Soi jungien, principe de totalité psychique, tandis qu’Annick de Souzenelle l’inscrit dans la naissance de l’Homme intérieur et dans la relation au divin.

Un tel accomplissement constitue l’horizon de son anthropologie. Annick de Souzenelle apparaît ainsi comme une interlocutrice singulière de Jung et comme une héritière des traditions bibliques et chrétiennes, qu’elle relit à partir du corps, de l’hébreu et de l’expérience intérieure.

Questions fréquentes sur Annick de Souzenelle et Carl Gustav Jung

Qui est Annick de Souzenelle ?

Une auteure majeure de la lecture symbolique de la Bible, attentive au corps comme lieu de transformation et d’accomplissement, nourrie par la psychologie des profondeurs et la tradition orthodoxe.

Que signifie « le corps comme livre de chair » ?

Dans son approche, le corps se lit comme un texte vivant. Chaque organe et chaque zone anatomique deviennent porteurs d’une signification symbolique qui engage un travail de transformation.

Quel lien entretient-elle avec Carl Gustav Jung ?

La psychologie analytique lui apporte une grammaire des images, des archétypes et des mythes pour approcher la vie inconsciente. Elle inscrit ces apports dans une anthropologie biblique et théologique orientée vers la mutation et la théose.

Comment comprendre l’individuation dans votre article ?

Dans la mise en regard proposée par l’article, l’individuation jungienne désigne un processus orienté vers une totalité psychique plus différenciée. Chez de Souzenelle, le retournement vers l’intériorité s’inscrit dans l’horizon spirituel de la théose.

Qu’est-ce que la théose, ici ?

Dans la tradition orthodoxe, la théose désigne la participation de l’être humain à la vie divine et son chemin de transformation vers la ressemblance, corps et âme.

Que sont les « animaux intérieurs » ?

Des puissances instinctuelles et émotionnelles, souvent archaïques, que de Souzenelle décrit comme des énergies inaccomplies appelées à être reconnues, nommées et orientées.

Pourquoi le fait de nommer est-il décisif  ?

Dans la lecture développée ici, nommer donne une forme symbolique à l’énergie. Elle cesse d’agir indistinctement dans l’ombre et peut entrer dans un travail de conscience et d’orientation.

Quel enjeu contemporain se dégage ?

Une responsabilité intérieure et collective : transformer le cosmos intérieur afin que l’action dans le monde gagne en conscience et en justesse.

Entretiens avec Annick de Souzenelle : les épisodes de Zeteo

Pour prolonger cette réflexion sur l’alliance entre la psychologie des profondeurs et l’exégèse symbolique, l’écoute des entretiens accordés par Annick de Souzenelle au podcast Zeteo ouvre un espace de résonance rare. Zeteo se présente comme un site culturel d’édition et de diffusion de podcasts d’inspiration chrétienne, et son nom vient du grec ancien, « chercher pour trouver ».

Ces échanges peuvent nourrir, à votre rythme, le mouvement intérieur de △ Rectifier et l’appel de ⊙ Trouver, quand une parole juste travaille la matière vivante de l’existence.

Accès direct aux épisodes et à la page d’hommage :

  1. « L’humanité est l’épouse divine de Dieu », un entretien fondateur sur la vocation sacrée de chaque être.
  2. « Aujourd’hui, il est urgent de construire nos églises intérieures », une invitation à la mutation intérieure face aux défis de notre temps.
  3. « Le grand retournement est proche », une méditation sur la verticalité et le sens, quand l’époque pousse à l’horizontalité.
  4. « Hommage à Annick de Souzenelle », une page qui rassemble textes, photos, et un court film lié à un moment de transmission.

Pour aller plus loin sur Jung, l’alchimie et l’individuation

Psychologie analytique : lire C. G. Jung, par où commencer ?
Cet article prolonge directement les développements consacrés à l’individuation, au Soi et à la transformation psychique.

Alchimie spirituelle : de l’affect à l’équanimité
Il approfondit la transformation intérieure, la transmutation symbolique et le passage de la matière psychique à une conscience plus unifiée.

Jung, l’Œuvre au noir et le Christ rouge, entretien avec Bertrand de la Vaissière
Ce texte constitue un prolongement particulièrement cohérent autour de Jung, de l’alchimie, du christianisme et de la portée opératoire des images.

Bibliographie

Voir les références bibliographiques

Ouvrages d’Annick de Souzenelle

de Souzenelle, A. (1991a). L’Égypte intérieure ou les dix plaies de l’âme. Albin Michel.

de Souzenelle, A. (1991b). Le symbolisme du corps humain. Albin Michel.

de Souzenelle, A. (1993). La lettre, chemin de vie : Le symbolisme des lettres hébraïques. Albin Michel.

de Souzenelle, A. (1994). Job sur le chemin de la lumière. Albin Michel.

de Souzenelle, A. (1997). Le féminin de l’Être : Pour en finir avec la côte d’Adam. Albin Michel.

de Souzenelle, A. (2007). Alliance de feu : Une lecture chrétienne du texte hébreu de la Genèse (Vol. 1). Albin Michel.

de Souzenelle, A. (2013). « Va vers toi » : La vocation divine de l’Homme. Albin Michel.

de Souzenelle, A. (2016). Le Seigneur et le Satan : Au-delà du bien et du mal. Albin Michel.

de Souzenelle, A. (2017). Le livre des guérisons : Les Évangiles en eaux profondes. Albin Michel.

de Souzenelle, A. (2020). Le grand retournement : La généalogie d’Adam aujourd’hui. Le Relié.

de Souzenelle, A. (2023). Méditation sur la mort (F. Buccelli, préf.). Le Relié.

de Souzenelle, A., & Albrecht, P.-Y. (2011). Cheminer avec l’ange. Le Relié.

de Souzenelle, A., & Mouttapa, J. (1993). La parole au cœur du corps : Entretiens avec Jean Mouttapa. Albin Michel.

Entretiens et textes d’Annick de Souzenelle

de Souzenelle, A. (2009). Accomplir le germe divin scellé au cœur de notre chair (M. M. Egger, interviewer). La Chair et le Souffle, 4(2), 39–52. Repris en ligne par Trilogies

de Souzenelle, A. (2023, 17 avril). Transformer notre cosmos intérieur (M. M. Egger, interviewer). Trilogies.

Ce second texte rassemble des propos recueillis à partir du Forum « Écologie et spiritualité » d’octobre 2004, puis mis en forme en 2007 avant leur publication sur Trilogies. Il constitue la source principale de la typologie des six animaux intérieurs, de la citation de Basile de Césarée et de la réflexion sur le cosmos intérieur.

France Culture. (2011). Angéologie : La figure de l’ange dans la culture et l’histoire des religions [Émission radiophonique, avec Annick de Souzenelle]. Les Racines du ciel.

France Culture. (2015). Le cheminement vers soi avec Annick de Souzenelle [Émission radiophonique]. Les Racines du ciel.

Œuvres de Carl Gustav Jung

Jung, C. G. (1964). Dialectique du moi et de l’inconscient (R. Cahen, trad.). Gallimard.

Jung, C. G. (1964). L’homme et ses symboles. Robert Laffont.

Jung, C. G. (1971). Les racines de la conscience : Études sur l’archétype. Buchet/Chastel.

Jung, C. G. (1980). La psychologie du transfert : Illustrée à l’aide d’une série d’images alchimiques (É. Perrot, trad.). Albin Michel.

Jung, C. G. (1982). Mysterium coniunctionis : Études sur la séparation et la réunion des opposés psychiques dans l’alchimie (É. Perrot, trad., 2 vol.). Albin Michel.

Jung, C. G. (1983). Aïon : Études sur la phénoménologie du Soi. Albin Michel.

Jung, C. G. (1990). Ma vie : Souvenirs, rêves et pensées (A. Jaffé, éd.). Gallimard.

Jung, C. G. (1991). Essais sur la symbolique de l’esprit (A. Gaillard, C. Gaillard et G. Marie, trad.). Albin Michel.

Jung, C. G. (1997). Types psychologiques (Y. Le Lay, trad.). Georg.

Jung, C. G. (2001). Réponse à Job (R. Cahen, trad.). Buchet/Chastel. Ouvrage original publié en 1952.

L’« Essai d’interprétation psychologique du dogme de la Trinité », central pour le développement consacré au quatrième exclu, figure dans Essais sur la symbolique de l’esprit. L’édition française de 1991 a été traduite par Alix Gaillard, Christian Gaillard et Gisèle Marie.

Corps vécu et distinction entre Körper et Leib

Dürckheim, K. G. (1982). Der Körper, den ich habe, der Leib, der ich bin. Schweizer Archiv für Neurologie, Neurochirurgie und Psychiatrie, 131(1), 89–92.

Cette référence constitue le texte précis de Dürckheim sur la distinction entre le corps que l’on a et le corps que l’on est. Dans l’article, le rapprochement avec Annick de Souzenelle est introduit par Michel Maxime Egger au cours de l’entretien de 2009.

Sources bibliques et patristiques

Basile de Césarée. (1970). Sur l’origine de l’homme (A. Smets & M. van Esbroeck, trad.; Sources chrétiennes, no 160). Éditions du Cerf. (Œuvre originale composée au IVe siècle)

La citation sur les « bêtes sauvages » se trouve dans la première homélie, sections 18–19, pp. 216–219 de l’édition des Sources chrétiennes.

La Bible de Jérusalem. (2000). Éditions du Cerf.

Les passages bibliques particulièrement mobilisés sont :

  • Genèse 1, 20–27
  • Genèse 2, 7 et 2, 17–20
  • Genèse 6–9
  • Ézéchiel 1 et 10
  • Job 38–42
  • 1 Corinthiens 6, 19
  • Philippiens 3, 21

Gouillard, J. (Éd. et trad.). (1979). Petite Philocalie de la prière du cœur. Seuil.

Théose, anthropologie chrétienne et réception orthodoxe

Académie des sciences morales et politiques. (2015, 14 décembre). La vision orthodoxe de l’Homme.

Cette intervention rapporte la formule attribuée à Annick de Souzenelle : « Quand les théologiens se disputent, les mystiques se rencontrent », sans en indiquer la source première.

Arjakovsky, A. (2008). Annick de Souzenelle, théologienne orthodoxe. Pages orthodoxes La Transfiguration.

Centre de ressources et d’observation de l’innovation religieuse. (2016). Annick de Souzenelle [Notice biographique]. Université Laval.

Grellier, I. (2014). La pensée holistique d’Annick de Souzenelle. Dans É. Parmentier & A. Roy (dir.), Croire hors les murs : Expériences du croire chrétien d’aujourd’hui (pp. 149–175). Lit Verlag.

Études comparatives et prolongements

Alizon, J.-F. (2023). La valeur essentielle du Mythos. Arigah.

Alizon, J.-F. (2021). Jung et le christianisme : Un regard neuf. Éditions du Cerf.

Egger, M. M. (2024, 11 août). Mémoire éternelle pour Annick de Souzenelle. Trilogies.

Huber, R. (2024). Noël, l’ombre et le féminin réconciliateur : Fils conducteurs vers le Soi. Espace Francophone Jungien.

Leloup, J.-Y. (2001). L’absurde et la grâce. Albin Michel.

Leloup, J.-Y. (2008). Lettres à un ami athée. Philippe Rey.

Loiseau, P. (s. d.). La lecture symbolique de la Bible hébraïque selon Annick de Souzenelle : Une supercherie « gnostique » [Étude critique].

Source iconographique

Le Tétramorphe, enluminure médiévale.

 

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