Zurich, début du XXᵉ siècle. La psychiatrie travaille à se doter d’un langage à la hauteur de l’expérience humaine. Au Burghölzli, autour d’Eugen Bleuler, Carl Gustav Jung mène des recherches sur l’association des mots, l’affect, et l’inscription corporelle de l’émotion. C’est dans ce milieu précis que Ludwig Binswanger arrive comme assistant dès 1906, puis doctorant sous la direction de Jung.
Ce point de départ dit une filiation. Une filiation qui passe par Jung, se déplace vers la phénoménologie avec Binswanger, se prolonge chez Alfonso Caycedo, et éclaire un axe clinique très concret que je poursuis au Cabinet Sophro~Psy : conscience, corps, symbolisation.
Dire que Binswanger a fait une thèse “chez Jung”, en 1907, signifie une chose simple : un travail mené dans l’atmosphère scientifique du Burghölzli, au cœur des expériences d’association par lesquelles Jung repère des constellations affectives, des zones sensibles, des nœuds qui organisent la vie psychique.
Le titre exact de la dissertation le montre, sans ambiguïté :
Über das Verhalten des psychogalvanischen Phänomens beim Assoziationsexperiment. Diagnostische Assoziationsstudien. (Dr. med., Zurich, 1907)
"Sur le comportement du phénomène psychogalvanique lors de l’expérience d’association. Études diagnostiques d’association." Le cœur du sujet se laisse comprendre immédiatement. Quand un mot touche une zone chargée d’affect, le corps réagit. Le “psycho-galvanique” renvoie alors à des variations mesurables à la surface du corps, liées à l’émotion. Binswanger commence donc au point exact où Zurich excelle : tenir ensemble psyché et physiologie, sans morceler l’humain.
Dans cette filiation, Binswanger reçoit une leçon très formatrice : le symptôme parle en plusieurs langues à la fois.
Cette sensibilité triangulée rejoint directement ma manière de travailler : faire place au corps comme seuil de conscience, accueillir ce qui se manifeste avant les mots, laisser l’expérience devenir lisible.
La période zurichoise porte aussi une exigence simple et ferme : observer, décrire, confronter au réel clinique. Cette rigueur donne une ossature. Elle protège le travail du commentaire facile. Elle maintient le soin du côté de la précision.
Binswanger ouvre ensuite une autre porte. Il reste psychiatre, clinicien, lecteur de Freud, et il introduit un geste décisif : faire de l’expérience vécue l’axe premier de l’écoute, puis formuler la Daseinsanalyse comme fondation possible d’une psychiatrie et d’une psychothérapie centrées sur l’existence.
La Daseinsanalyse part d’un constat clinique : l’être humain se donne toujours dans un monde. Temps, espace, lien, présence, sens : tout cela compose une forme de vie. La souffrance psychique modifie cette forme. Le langage de Binswanger devient alors une langue de structure, proche de la phénoménologie : une attention au vécu tel qu’il se déploie, et à la manière dont il se ferme, se rétrécit, se fige, ou se fragmente.
Concrètement, cela change la focale :
La filiation devient visible par les liens directs :
Binswanger voyage avec Jung pour rencontrer Freud à Vienne dès 1907, et entretient ensuite un échange soutenu avec Freud. Une constellation se dessine, à taille humaine : Bleuler pour le cadre institutionnel, Jung pour la recherche clinique sur l’affect et les constellations, Freud pour l’axe conflictuel, Binswanger pour le passage vers le monde vécu et "l’être-avec".
Un demi-siècle plus tard, un autre neuropsychiatre entre dans ce même courant. Alfonso Caycedo crée la sophrologie à Madrid en 1960. Son geste initial tient dans une question exigeante : comment étudier la conscience avec rigueur clinique, et proposer une voie praticable, répétable, transmissible.
Puis vient un passage décisif. En 1963-1964, Caycedo se forme en Suisse auprès de Binswanger, au sanatorium Bellevue, à Kreuzlingen. Il rencontre là une psychiatrie attentive à l’expérience telle qu’elle se vit, dans le temps, l’espace, la relation, la présence. Ce passage donne une colonne vertébrale : une méthode d’attention au vécu, adossée à une exigence phénoménologique.
La filiation devient alors lisible, presque géographique.
La filiation s’entend d’un seul mouvement : Jung repère la charge affective et ses indices ; Binswanger déplace la clinique vers l’expérience de l’existence ; Caycedo en tire une méthode de conscience vécue ; je poursuis cette ligne dans Les chemins de VITRIOL, au service du consultant, au sein du Cabinet Sophro~Psy. Elle me donne une boussole simple, exigeante, praticable, pour tenir ensemble la conscience qui s’éclaire, le corps qui inscrit, et la symbolisation qui oriente.
⊕ Visiter : accueillir le vécu avant l’explication, installer une conscience sensible, respirable, habitable.
△ Rectifier : élaborer ce qui s’est inscrit, relier l’affect, le corps et l’histoire dans la relation psychothérapeutique.
⊙ Trouver : laisser émerger une symbolisation orientante, une forme juste, une direction intérieure qui se tien

Bien chaleureusement,
Rachel
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