À l’été 2024, j’ai enfin franchi le seuil du foyer de Küsnacht : la maison où Jung écrivit, rêva, accueillit ses consultants et vécut avec Emma et sa famille. Guidée par Denise Rudin, analyste zurichoise, j’ai laissé les pièces parler : odeur de bois ciré, lumière lacustre, silence vibrant. Une expérience qui m’a rappelé combien l’âme d’un lieu peut étayer l’âme d’un travail intérieur.
Cette immersion m’a permis de découvrir la psychologie analytique autrement : non pas seulement à travers les textes, mais par la matière même d’un lieu habité et façonné par Jung et Emma.
La visite s’est déroulée comme une traversée initiatique. Chaque pièce semblait résonner avec un moment du processus d’individuation. Dans la bibliothèque, les rayonnages portaient le poids des lectures qui nourrissaient Jung. Dans le cabinet de consultation, les lambris et les tapisseries devenaient les témoins silencieux de dialogues intérieurs partagés avec ses consultants.
Chaque objet prenait la valeur d’un symbole, comme si la maison elle-même se faisait miroir de l’âme. Cette architecture intérieure ne reflétait pas seulement le goût esthétique d’une époque : elle incarnait la dynamique d’un travail psychique en profondeur.
Un détail architectural m’a particulièrement marquée : le Kachelofen, ce poêle de faïence orné d’un pélican. Symbole alchimique, le pélican évoque le sacrifice, la mort et la renaissance. Choisi par Jung et Emma, il devenait l’athanor de leur foyer, un véritable laboratoire symbolique où se rejouait l’œuvre au noir, au blanc et au rouge.
À travers cette image, on comprend que la maison n’était pas qu’un abri. Elle était aussi un espace de transmutation, un lieu où les polarités – masculin et féminin, science et imaginaire, quotidien et sacré – pouvaient se rencontrer et se transformer.
En parcourant les pièces, la présence d’Emma Jung se faisait sentir comme un axe invisible. Sa force tranquille et son rôle discret mais central habitaient les murs. Emma n’était pas seulement compagne, elle fut co-porteuse de l’alchimie intérieure et familiale.
Son apport, souvent éclipsé par la figure de Carl Gustav, apparaît ici comme une dimension archétypale : le féminin réconciliateur, gardien de la maison et du travail intérieur, centre magnétique autour duquel l’œuvre commune s’est structurée.
Cette expérience rappelle combien le féminin, dans la pensée jungienne, est une force qui organise et relie, au-delà des genres, en permettant au processus d’individuation de s’enraciner.
La maison de Küsnacht n’est pas qu’un monument historique. Elle résonne encore de rêves, de mythes et de symboles. En longeant les murs, je pensais aux récits du Graal, aux visions nocturnes de Jung consignées dans le Livre Rouge, aux résonances de l’alchimie qui imprégnaient son imaginaire.
Chaque meuble semblait parler de traversées intérieures, chaque tapisserie devenait comme un écho du théâtre de l’âme. En quittant la maison, je mesurais combien ces murs offraient un prolongement concret à la pensée jungienne : une psychologie habitée, incarnée dans un lieu qui demeure un espace vivant de mémoire et de présence.
Visiter la maison des Jung, c’est rencontrer une psychologie en chair et en pierre. On y comprend que l’individuation ne se vit pas seulement dans les concepts, mais dans des lieux, des atmosphères, des gestes quotidiens.
Si vous souhaitez découvrir des détails qui n’apparaissent pas dans les manuels, je vous invite à poursuivre cette plongée sur le site de l’Espace Francophone Jungien. Lire l’article complet
Parce qu’elle incarne concrètement la psychologie analytique. Chaque pièce et chaque symbole reflètent des aspects du processus d’individuation.
Le pélican est un symbole alchimique du sacrifice et de la renaissance. Placé au cœur de la maison, il rappelle que le foyer était aussi un lieu de transmutation intérieure.
Emma est perçue comme un centre magnétique. Sa présence structurait la vie familiale et le travail de Jung. Elle incarne un féminin archétypal qui relie et réconcilie.
Bien chaleureusement,
Rachel... Sur les Chemins de VITRIOL







