Positivité... toxique ? La positivité contemporaine s'enracine dans un dévoiement de la psychologie fonctionnelle, cette science qui étudie comment nos processus mentaux nous aident à nous adapter à notre milieu. Ce qui était une quête de compréhension est devenu une injonction de performance. Ce courant a instauré une véritable dictature du sourire, où le bien-être est une compétence et le tourment un échec. En érigeant la lumière permanente comme norme, cette idéologie occulte la nécessité du tragique. Elle nous impose une Persona de vitrine qui organise l'exil de notre vérité intérieure.
Voici l'autopsie de ce masque de fer qui mutile votre être pour mieux polir votre image.
Vous portez cette positivité comme un masque de fer. Vous l'utilisez pour lustrer votre âme et filtrer vos émotions. Ce dogme de la lumière permanente vous impose un rictus de soumission. Il transforme votre vie intérieure en une vitrine de porcelaine. Vous censurez le tragique au profit d'un lustre factice. Vous vous mutilez en vous amputant de votre profondeur. Et votre existence devient une zone de libre-échange d'émotions frelatées.
Vous entendez cette consigne partout, puis vous la répétez vous même.
Restez positif. Souriez. Relativisez. Passez à autre chose.
Vous recevez l’ordre sous forme de conseil, puis vous l’exécutez comme une discipline. Vous corrigez votre visage avant même de comprendre ce que vous ressentez. Vous cherchez un récit tout propre avant d’écouter la matière brute de votre profondeur.
La positivité glorifiée travaille avec une arme douce : le vocabulaire.
Vous remplacez la peur par un "manque de mindset". Vous remplacez la tristesse par "un défaut d’énergie". Vous remplacez la colère par "une vibration basse". Vous vous jugez au lieu de vous entendre.
Vous fabriquez alors une Persona de vitrine, un “moi” présentable, calibré pour être apprécié. Vous devenez performant, inspirant, sympathique. Certes vous gagnez l’approbation. Mais vous perdez l’épaisseur. Vous vous rendez fréquentable... à vos propres dépens !
Vous exigez de vous-même l’effacement des zones de friction indispensables à votre croissance.
Cette injonction au bonheur constitue une violence psychique sophistiquée.
Jung appelle Ombre tout ce que vous refusez de voir en vous, tout ce que vous jugez indigne, trop sombre, trop dérangeant. Colère, jalousie, honte, tristesse nue, envie, peur, pensées interdites... Pourtant, l’Ombre contient aussi des forces vives, des désirs justes, des élans que vous étouffez pour rester “bien”.
Vous expulsez cette part, puis elle revient par la porte de derrière. Elle revient en répétitions. Elle revient en choix relationnels stériles. Elle revient en sabotages. Elle revient en anxiété qui se déplace. Vous affichez la lumière, et votre part exilée prend les commandes de votre destin.
Une vie intérieure solide se construit vers la totalité, pas avec une moitié propre.
Votre corps tient le registre. Il consigne ce que votre “moi présentable” efface. Il écrit dans la chair ce que vos mots polissent. Vous pouvez performer la gratitude, vos organes enregistrent la censure.
Vous ravalez, puis vous serrez. Vous souriez, puis vous contractez. La gorge se ferme, le diaphragme se fige, le sommeil se fragmente, les réserves se vident. Le corps finit par parler plus fort, parce que votre langage a choisi la courtoisie.
Vous pouvez sourire, votre physiologie garde l’empreinte du réel.
La psychosomatique lit ici une logique simple : vous maintenez la respectabilité, votre corps paie la facture. Le sourire obligatoire devient une violence polie, répétée, rentable pour l’image, ruineuse pour le vivant.






