La loi de l’attraction ... Le monde du développement personnel sature l’espace médiatique d’une promesse séduisante : il suffirait de « vibrer » positivement pour que l’univers s’ajuste à vos désirs. Cette fameuse loi de l’attraction, héritée de la Nouvelle Pensée anglo-saxonne du XIXe siècle, propose une vision du monde où la pensée humaine devient un aimant souverain.
Ce que l'on vous vend comme une "découverte" moderne est en réalité un système de croyances métaphysiques du XIXe siècle, fondé sur l'idée que la pensée guérit la matière.
On vous propose le flou d’une spiritualité de comptoir ? Ici, nous tranchons.
La loi de l’attraction repose sur un postulat simpliste : le semblable attire le semblable. Cette affirmation flatte votre besoin de contrôle et elle occulte la complexité structurelle de l’être humain. Là où cette théorie trace une ligne droite entre le souhait et la réalisation, la psychologie des profondeurs révèle un labyrinthe.
La loi de l’attraction érige le narcissisme en dogme. Elle propose une toute-puissance puérile à une psyché effrayée par sa propre finitude. Elle installe l’individu au centre d’un univers devenu un simple catalogue de VPC psychique.
Vous commandez, vous vibrez, vous recevez. Cette mécanique de pensée magique évacue la complexité du Sujet au profit d’un délire de contrôle.
Le lexique de la « vibration » agit comme un anesthésiant clinique. Vous exigez de vous-même une fréquence haute et constante. Vous fuyez la moindre dissonance intérieure par peur de « manifester » le pire. Cette vigilance de chaque instant constitue une forme de paranoïa polie. En cherchant à vibrer haut, vous créez une dissociation majeure entre votre conscience et votre réalité affective. Vous niez l’autonomie de votre inconscient. Vous transformez votre vie intérieure en un champ de mines où chaque pensée devient une menace potentielle.
Sous ses dehors chaleureux, la loi de l’attraction cache une violence froide.
En affirmant que vous attirez tout ce qui vous arrive, elle rend l’individu seul responsable de ses tragédies, de ses maladies et de ses échecs sociaux.
Elle nie la part du destin, du biologique et du collectif.
Cette loi élimine la figure de l’Autre et la résistance du réel. Tout ce qui vous arrive devient votre propre création. Ce postulat porte une cruauté sans limite. Il rend le malade responsable de sa tumeur et le précaire comptable de sa ruine.
La clinique montre pourtant que la vie psychique se fonde sur la rencontre avec ce qui vous échappe. Jung enseigne que l’individuation demande une confrontation avec l’Ombre et avec le destin, ces forces qui ne répondent pas à vos commandes. En voulant tout attirer, vous vous enfermez dans un miroir sans fin.
Vous devenez incapable de recevoir ce que le monde offre de réellement neuf, car vous ne supportez que ce que vous avez déjà projeté.
Une distinction s’impose entre ce concept marchand et la synchronicité jungienne.
Pendant que vous vous épuisez à commander les astres, votre corps subit l’érosion du sens. La psychosomatique ne s’arrête pas aux simples tensions dorsales. Elle observe ici une décalcification de la volonté. À force de vouloir tout manifester par la seule force de l’esprit, vous videz votre substance. Vos os enregistrent la fragilité d’un monde sans appui, où rien ne résiste et où rien ne porte. Votre structure se fragilise parce qu’elle ne rencontre plus la dureté du réel. Vous devenez un être de coton, sans assise, une architecture de vapeur qui s’effondre dès que le destin cesse de flatter votre ego. Votre moelle s’appauvrit dans ce monologue mental incessant. Le vivant exige le choc du monde, pas le confort de la commande.
La véritable alchimie demande une descente dans la matière, dans la boue de la réalité. Elle exige un renoncement au fantasme de contrôle et elle accepte la transformation par l’épreuve. La loi de l’attraction promet un triomphe sans combat. Elle vous laisse exsangue face à un univers muet qui n'a que faire de vos décrets.
Quand l’univers aura fini de répondre à vos commandes, quel visage restera-t-il dans votre miroir, hormis celui d’un enfant-roi hurlant dans le vide de sa propre création ?
Bien chaleureusement,
Rachel
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