Dans cette discussion entretenue en octobre 2025, Bertrand de la Vaissière déplie avec densité ce que le Livre Rouge met à l’épreuve chez Carl Gustav Jung, puis chez chacun de nous : la confrontation au chaos, l’autonomie de l’inconscient, l’exigence d’un positionnement intérieur, et la nécessité d’une transformation qui engage la vie entière.
Le fil est clair. Il traverse l’imagination active, le sacrifice du héros, les pièges de l’inflation, la question du mal, et la portée politique des idées. Le tout, tenu au plus près d’un vécu du sens, sensible et incarné.
Bertrand de la Vaissière arrive au Livre Rouge par nécessité intérieure, au terme d’un parcours déjà jalonné par deux ouvrages importants en psychothérapie analytique : Le travail des rêves en psychothérapie analytique jungienne (2013) et Les énergies du mal en psychothérapie analytique jungienne (2016).
Son dernier opus, Jung, l’Œuvre au noir et le Christ rouge, prolonge ce trajet et le resserre autour d’une question centrale : que devient une psychologie des profondeurs quand elle prend au sérieux la nuit, la désorientation, l’ombre, et ce qui insiste au-delà du Moi.
Le texte pose un cadre net : le Livre Rouge raconte une rencontre avec la profondeur de l’âme et un désir de totalité. Cette rencontre avec le « Chaos » apparaît comme une condition du surgissement du Soi, au cœur d’une dynamique d’individuation qui demande du temps et du courage.
Ici, l’Œuvre au noir se laisse entendre comme une ascèse. Elle oblige à reconnaître l’ombre, à consentir à la désorientation, puis à laisser naître un centre plus vaste que le Moi.
Un passage donne le ton de l’échange. De la Vaissière évoque une lecture comme une « méditation personnelle », décrivant un « chaos extravagant » qui a travaillé l’écriture elle-même. Ce motif est précieux : la forme porte la trace de l’épreuve.
La méditation est présentée comme un geste clinique : se concentrer sur une image, un rêve, une vision, jusqu’à ce qu’un sens émerge. Le lecteur retrouve ici une méthode intérieure, exigeante, qui engage la patience et la présence.
L’un des nœuds les plus utiles pour la pratique concerne l’inflation. De la Vaissière la décrit comme un phénomène de possession, lié à une idée puissante ou à un vécu numineux qui ne transforme pas l’existence. Il rappelle l’importance des supervisions et de la poursuite du travail personnel, en lien direct avec la responsabilité du praticien.
Ce point touche juste, parce qu’il parle de ce que la psychologie analytique donne aussi : un sentiment de puissance, un goût du sens, une jouissance du savoir. L’échange ramène tout cela à l’épreuve du réel, au prix de l’humilité.
Un autre passage frappe par sa netteté. Le sens est décrit comme un éprouvé, une sensation, une expérience globale. Et l’idée est explicitement reliée aux quatre fonctions de la conscience, selon Jung.
Cette formulation a une portée clinique immédiate : elle rend au sens sa chair. Le sens devient ce qui relie, ce qui oriente, ce qui rectifie, dans le corps autant que dans la pensée.
L’introduction de l’échange annonce des repères concrets : autonomie du travail de l’inconscient, usage ajusté des rêves et de l’imagination active, nécessité de se positionner, vigilance face aux inflations, et conditions d’une transformation réelle.
Pour celles et ceux qui travaillent en relation psychothérapeutique, la lecture apporte une ossature. Elle tient la tension des contraires, elle honore la dimension religieuse de la psyché comme ce qui relie et oriente, elle ramène la spiritualité au prix intime qu’elle demande.
Cette discussion se lit comme un seuil. Elle ouvre une voie de discernement, à la fois rigoureuse et habitée, pour aborder le Livre Rouge sans fétichisme, avec la gravité heureuse de ceux qui acceptent de travailler.
Vous trouverez l’échange complet sur l’Espace Francophone Jungien: ici.
Si un passage vous touche, si une question se lève, vous pouvez la partager avec moi par email. Je vous répondrai dans la mesure du possible, avec le même souci de justesse.
Du Livre Rouge comme expérience fondatrice, de la confrontation au chaos, de l’imagination active, de l’inflation, de la question du mal, et du sens comme vécu incarné.
Aux lecteurs de Jung qui veulent travailler avec sérieux, aux praticiens qui cherchent des repères cliniques, et à ceux qui sentent l’appel d’une transformation intérieure qui engage la vie.
Une vigilance ferme face à l’inflation, la nécessité de se positionner, l’importance du travail personnel et des supervisions, et une approche de l’imagination active qui part de l’affect ou de l’image, sans procédé inductif.
Bien chaleureusement,
Rachel
Pour aller plus loin sur Les chemins de VITRIOL
Cabinet | Me contacter
⊕ Visiter
△ Rectifier
⊙ Trouver






