Vous vivez sous une injonction sociale. On vous demande une parentalité fluide, souriante, pédagogiquement exemplaire. On vous vend un idéal de parent impeccable, émotionnellement intelligent, toujours disponible, toujours dans le lien. Vous prenez ce modèle pour une boussole. Vous le transformez en tribunal. La parentalité positive devient une morale. Elle classe. Elle note. Elle condamne.
Elle fabrique une honte neuve : la honte d’être un adulte qui tranche.
Le monde contemporain exige une fatigue parentale esthétique. Il accepte la limite à condition qu’elle soit bien formulée. Il accepte l’autorité sous la forme d’une négociation permanente. Vous apprenez à parler en phrases parfaites, à accueillir l’émotion, à nommer, à co-réguler, à réparer. Vous avancez avec une intention sincère. Vous installez une peur : la peur de la moindre rugosité.
La limite devient suspecte. Le non devient un acte potentiellement violent.
La frustration devient un traumatisme en puissance.
La colère parentale devient une faute. Vous vous censurez. Vous temporisez. Vous justifiez. Vous expliquez. Vous expliquez. Encore. Vous construisez une Persona parentale impeccable, et vous payez cette façade en renonçant à votre parole. L’enfant comprend vite une règle simple : tout se discute.
Vous cherchez l’adhésion. Vous cherchez le consentement. Vous cherchez une harmonie immédiate. Vous remplacez la transmission par la diplomatie. Vous appelez cela respect. Vous produisez une confusion.
L’enfant réclame un lien fiable. Il réclame aussi une structure, donc une parole qui tient. La société vous pousse vers l’affect pur et elle évacue la légitimité de la Loi. Vous devenez un adulte en représentation permanente. Vous endossez un rôle. Vous "jouez" le parent devant votre enfant. La parentalité positive, lorsqu’elle se durcit en dogme, fabrique des parents en vitrine.
Elle fabrique aussi des enfants qui testent la solidité du cadre, parce que le cadre s’efface.
La parentalité positive a un carburant discret : la consommation. Vous achetez des méthodes, des formations, des mantras éducatifs. On vous propose des outils à la place d’une pensée. On vous vend du prêt-à-faire, puis on vous laisse avec votre solitude quand le réel résiste.
Vous vous comparez. Vous vous surveillez. Vous cherchez l’éducation sans cris comme un Graal moral. Ce marché installe une illusion de maîtrise totale. Vous imaginez l’enfant construit par protocole ? Et vous rencontrez pourtant une réalité plus dense : l’enfant se construit par limites, par renoncements, par confrontation à l’altérité.
L’enfant-roi exprime un vide d’autorité. Il perçoit l’adulte qui se retient. Il perçoit l’adulte qui craint d’être mauvais. Il perçoit le non escorté d’excuses et de négociations interminables. Il perçoit une loi dépendante de la culpabilité et du regard social.
Il prend la place laissée vacante. Il règne par défaut de structure. Plus vous cherchez à être un parent parfait, plus vous installez une relation instable : l’adulte se corrige en permanence, l’enfant devient l’arbitre du lien.
La parentalité positive radicalisée mélange souvent deux registres. Le besoin réclame une réponse, parce qu’il fonde la sécurité. Le désir réclame une limite, parce qu’il se déploie dans un cadre.
Quand tout désir devient un besoin, la frustration devient intolérable. L’enfant réclame, l’adulte cède, l’enfant réclame plus fort. L’enfant apprend une loi implicite : l’intensité donne droit. Ce mécanisme fabrique une omnipotence malheureuse. Il produit de l’agitation et une violence domestique feutrée, faite de micro-négociations et de colères compressées.
Le chemin de VITRIOL invite à :
Claude Halmos souligne avec une rigueur salutaire que l'éducation réside dans la transmission de la Loi. Elle rappelle que les interdits fondateurs sont les seuls remparts contre l'angoisse. Lorsque vous abdiquez devant chaque caprice sous prétexte de bienveillance, vous laissez l'enfant seul face à la violence de ses propres pulsions. Dire « non » est un acte d'amour profond car cela permet à l'enfant de sortir de l'illusion de toute-puissance. Pour Halmos, l'enfant a besoin de rencontrer une limite ferme pour se sentir en sécurité. Sans cadre, il est condamné à porter une responsabilité trop lourde pour ses frêles épaules : celle de diriger la famille.
Dire non est un don. C’est offrir un espace où l’enfant peut enfin se poser. C’est assumer la place qui protège.
À qui obéissez-vous réellement quand vous sacrifiez la solidité de votre parole sur l’autel de la parentalité positive ?
Bien chaleureusement,
Rachel
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