Nous arrivons au monde dans une histoire qui a déjà pris forme. Des choix ont été posés. Des pertes ont eu lieu. Des silences se sont organisés. Les premières pages de notre livre intérieur portent souvent l’encre de ceux qui nous ont précédés.
Quand je parle de psychogénéalogie, je parle d’une clinique de la lignée. Une manière de lire les liens. Une manière d’entendre ce qui se transmet. Une manière de remettre en mouvement ce qui s’est figé.
Je vous propose ici une passerelle. Elle relie la psychanalyse transgénérationnelle et la psychologie des profondeurs de C. G. Jung. Elle s’appuie sur une idée centrale. Le devenir sujet prend appui sur l’héritage, puis ouvre une voie propre.
La parentalité engage un passage. Elle met en jeu des étapes intergénérationnelles. Elle mobilise des représentations conscientes. Elle charrie aussi des traits inconscients. Ils reviennent là où on ne les attendait plus.
Les secrets de famille, les deuils incomplets, les humiliations tues, les ruptures sans mots, les loyautés implicites, composent une matière psychique. Cette matière circule. Elle se dépose. Elle s’actualise au fil des générations.
Nous rencontrons alors des répétitions. Des choix qui se ressemblent. Des peurs qui surgissent sans scène identifiable. Des scénarios relationnels qui s’imposent avec la force d’une évidence.
Le transgénérationnel devient lisible lorsque le présent s’éclaire par le passé.
Un symptôme peut faire fonction de repère. Un conflit peut révéler un nœud ancien. Une angoisse peut reprendre la forme d’une peur déjà portée avant nous.
Le corps garde la trace. Il enregistre ce qui n’a pas trouvé de forme psychique. Il porte parfois, à bas bruit, ce que la parole familiale n’a pas pu accueillir.
Une somatisation peut alors s’entendre comme un langage. Elle traduit une tension qui cherche une issue. Elle indique un défaut de symbolisation. Elle montre une zone où l’affect demeure brut, sans narration possible.
Dans la clinique transgénérationnelle, cette dimension se repère avec acuité. Une angoisse de séparation peut se transmettre, puis s’inscrire dans le corps. Une loyauté silencieuse peut devenir fatigue chronique. Un interdit intérieur peut devenir tension, douleur, troubles fonctionnels.
Je tiens à cette articulation. Elle ouvre un travail fin. Le corps devient une porte d’entrée vers le sens, quand il devient possible de relier, d’élaborer, de symboliser.
Le cœur du travail tient dans un verbe. Subjectiver.
Subjectiver, c’est faire émerger une position intérieure. C’est passer du vécu subi au vécu reconnu. C’est transformer une histoire agissante en histoire habitée.
En modifiant la façon dont l’histoire est agissante en soi, le sujet peut alors advenir.
Cette phrase engage une direction clinique claire.
Ce travail vise une appropriation de la lignée. Il vise une maturité. Il vise une liberté.
Il devient libérateur de rendre subjectif un regard transmis, un jugement intériorisé, une lecture familiale du monde.
Une femme, par exemple, peut alors cesser de porter dans son corps l’angoisse de séparation transmise par les femmes de sa famille. Elle trouve une place à elle.
Nous retrouvons ici une idée essentielle. La lignée forme la préhistoire du sentiment d’ipséité. Elle prépare un sol. Le sujet y construit ensuite sa forme propre.
La psychologie analytique de Car Gustav Jung donne une profondeur supplémentaire à cette clinique de la transmission.
Jung décrit un inconscient collectif. Il contient des formes primordiales. Il organise des images universelles. Il structure des manières d’éprouver, de désirer, de craindre, de s’orienter.
Dans une famille, ces formes se colorent. Elles s’attachent à des histoires. Elles s’incarnent dans des figures. Elles se condensent dans des complexes.
Un complexe familial peut se transmettre comme une atmosphère. Il imprime un style d’attachement. Il organise des loyautés. Il modèle une place.
Dans cette perspective, la psychogénéalogie devient une lecture du complexe. Elle devient un travail d’intégration. Elle rejoint l’individuation.
Individuer, c’est tendre vers le Soi. C’est intégrer des contenus inconscients. C’est construire une totalité vivante. C’est traverser l’ombre.
Une lignée porte une ombre. Elle contient des exclusions, des dénis, des blessures qui ont pris la forme du silence.
Cette ombre se manifeste par des retours, des répétitions. Elle se manifeste par des symptômes et des scénarios relationnels.
L’on épouse sa pathologie. Le sujet s’attache à un mode de souffrance qui a valeur d’identité, de fidélité, parfois de survie psychique.
Le travail psychothérapeutique ouvre alors une autre possibilité. Reconnaître la fonction de ce mode de souffrance. Le mettre en mots. Le relier à l’histoire. Le relier au corps. Le relier au rêve. Puis créer une place plus vaste, plus vivante.
Ce point compte. Une personne se libère avec plus de solidité quand elle comprend la nécessité intérieure de ce qu’elle portait.
La vision de l'Homme Futur décrite par Carl Gustav Jung donne une résonance contemporaine à cette clinique de la lignée.
Jung situe l’humain à un carrefour. La technique amplifie la puissance. Elle amplifie aussi l’ombre. La conscience moderne porte une responsabilité intérieure. Elle engage une tâche de transformation.
Cette tâche rejoint notre sujet. Une lignée demeure active tant que l’ombre reste hors conscience. Une époque demeure dangereuse tant que la technique progresse sans élaboration intérieure.
Jung évoque un risque radical. Notre technique peut aller jusqu’à l’usage destructeur de l’humain. Cette phrase demeure un seuil. Elle rappelle la nécessité du travail intérieur.
L’homme futur devient alors une figure exigeante. Un humain capable de tenir un dialogue vivant avec l’inconscient. Un humain capable de symboliser. Un humain capable d’intégrer une part d’ombre, personnelle et collective.
La clinique transgénérationnelle participe de ce mouvement. Elle aide à retirer la projection. Elle aide à distinguer ce qui vient de soi, de la lignée, et ainsi, un peu plus loin, de l’époque. Elle aide à choisir une réponse plus juste.
Dans la relation psychothérapeutique, nous construisons un espace de travail. Un espace de sécurité. Un espace de sens.
Nous pouvons y articuler plusieurs voies.
Ce mouvement donne une direction. Il transforme une dette implicite en héritage conscient. Il transforme une transmission subie en fil choisi.
La psychogénéalogie ouvre une question simple. Qu’est ce qui, en moi, appartient à la lignée.
La psychologie jungienne ouvre une question tout aussi simple. Qu’est ce qui, en moi, appartient à l’humain.
Ces deux questions se rejoignent dans un même travail. Devenir sujet. Restaurer la symbolisation. Habiter le corps. Relier l’histoire. Intégrer l’ombre. S’orienter vers le Soi.
Je vous propose de garder cette image. Une boussole intérieure. Elle accueille le passé. Elle permet une marche plus juste.
Bien chaleureusement,
Rachel
Pour aller plus loin sur Les chemins de VITRIOL
Cabinet | Me contacter
⊕ Visiter
△ Rectifier
⊙ Trouver






