La subjectivation

Le concept de subjectivation s’est imposé à de nombreux psychanalystes contemporains[1] pour rendre compte des multiples problématiques cliniques, rencontrées dans leur pratique, et affectant le sens de soi, tel qu’il se constitue en relation aux autres.

Ce nouveau point de vue est apparu au sein de leurs échanges pour tenter de mettre en relief les aspects inconscients d’un processus qui constitue un des ressorts essentiels de la vie psychique : la capacité à se reconnaître comme auteur de sa vie.

Au-delà de la diversité des courants théoriques et des anciens modèles génétiques et développementaux existants, la notion de subjectivation paraît constituer une référence commune[2] centrée sur une approche psychodynamique qui s’intéresse en particulier à la structuration du psychisme.

Il s’agit ici d’élaborer des propositions d’articulation avec la métapsychologie freudienne.

Définitions:

Le terme de subjectivation se rencontre actuellement couramment dans les sciences humaines car l’ancienne conception, jusqu’alors véhiculée, d’un sujet considéré en tant que substance, c’est-à-dire comme une chose dont la caractéristique essentielle est de n’avoir besoin de rien d’autre que soi pour exister, ou bien comme un être donné d’emblée, a progressivement laissé la place à l’idée d’un processus permanent de production de soi[3].

Dans le contexte de mes recherches, il s’agit de penser le

« … processus de subjectivation en tant qu’étape développementale permettant à l’être humain de devenir une personne, soit un sujet capable de se penser tel, et de se nommer comme tel. » [4]

Et ceci afin d’envisager un cadre et des repères méthodologiques au sein de la psychothérapie.

Pour Steven WAINRIB[5], psychiatre, psychanalyste, membre titulaire de la Société Psychanalytique de Paris, deux usages possibles du terme subjectivation permettent d’en expliciter la signification dans une perspective psychanalytique qui correspond à l’approche analytique de la psychothérapie que je propose:

  • La première signification est issue de l’adjectif subjectif : la subjectivation consiste alors à rendre subjectif quelque chose. Ce quelque chose prendra sens en fonction du propre point de vue de la personne. Le fonctionnement psychique peut alors être considéré dans sa quête permanente d’un sens propre à donner concernant tout ce qui affecte l’être humain: tant à propos de son environnement que de son corps propre et de la relation entre les deux. La perspective analytique invite ainsi à prendre en compte l’effet des processus inconscients, la subjectivation se nourrissant de la réalité psychique, au sens freudien.
  • La seconde signification est issue du substantif : la subjectivation tient alors d’un devenir sujet. Ainsi, au lieu de localiser le sujet dans la conscience, comme l’a fait la phénoménologie et plus tard la sophrologie en s’inspirant de ce courant à la fois en tant que courant philosophique et démarche scientifique, ou bien d’évoquer le seul sujet de l’inconscient comme Jacques Lacan (1901-1981), il s’agit là d’une prise en compte de l’émergence du sujet à partir de multiples processus, dans le même temps conflictuels et associés.

 

« Loin de pouvoir s’achever un jour, cette quête de soi laisse à désirer [c’est moi qui souligne], et confronte à l’écart entre une forme idéale pleine et le manque de complétude lié à la rencontre des différences, entre soi et les autres, entre les sexes et les générations. Toute la pertinence du concept de subjectivation en psychanalyse, tient dans sa capacité de pouvoir relier les deux usages évoqués ici. Rendre subjectif et devenir sujet sont les deux faces d’une co-émergence du sujet et de sa réalité psychique. » [6]

 

Rachel HUBER
Certifiée du Centre privé d’Étude, Recherche, Formations en Psychologie Appliquée en Psychothérapie
Diplômée de l’Institut de Psychosomatique Intégrative de Paris, en Psychosomatique
Certifiée du Centre privé d’Étude, Recherche, Formations en Psychologie Appliquée en Sophrologie
Diplômée de la Faculté des Lettres de Nice – DESS de Communication
Guidance Expert au sein de ComPsych® Corporation
Membre de la Société Française de Sophrologie
Membre du Syndicat des Sophrologues Professionnels

 


[1] Richard F., Wainrib S. ET AL., La subjectivation, Paris, Dunod, Coll. Inconscient et Culture, 2006
[2] R. CAHN, CHABERT C., RICHARD F., ROUSSILLON R., WAINRIB S. ; Conférence – Journées scientifiques organisées par le Carnet Psy, Subjectivation, un nouveau point de vue en psychanalyse ?, Boulogne, 2 et 3 avril 2005
[3] Wainrib S., La psychanalyse, une question de subjectivation?, Le Carnet PSY, 2006/5 n°109, p.23-25
[4] Golse B., De l’intersubjectivité à la subjectivation (co-modalité perceptive du bébé et processus de subjectivation, Le Carnet PSY, 2006, 5 / n° 109, p.25-29
[5] Wainrib S., La psychanalyse, …, op.cit., p.23-25
[6] Wainrib S., La psychanalyse, …, op.cit., p.23-25

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